PARTIE II, LETTRE VII. 657
état libre et démocratique, dans des chefs que le peuple ne choisitpoint, et qui restent en place toute leur vie.
D’abord l'union de deux choses partout ailleurs incompatibles :savoir, l’administration des affaires de l’état, et l’exercice su-prême de la justice sur les biens, la vie et l’honneur des citoyens ;
Un ordre, le dernier de tous par son rang, et le premier par sapuissance ;
Un conseil inférieur, sans lequel tout est mort dans la républi-que, qui propose seul, qui décide le premier, et dont la seulevoix, même dans son propre fait, permet à ses supérieurs d’enavoir une ;
Un corps qui reconnoît l’autorité d’un autre, et qui seul a lanomination des membres de ce corps auquel il est subordonné ;
Un tribunal suprême duquel on appelle : ou bien, au contraire,un juge inférieur qui préside dans les tribunaux supérieurs ausien;
Qui, après avoir siégé comme juge inférieur dans le tribunaldont on appelle, non seulement va siéger comme juge suprêmedans le tribunal où il est appelé, mais n’a dans ce tribunal su-prême que les collègues qu’il s’est lui-même choisis ;
Un ordre enfin qui seul a son activité propre, qui donne à tousles autres la leur, et qui, dans tous, soutenant les résolutions qu’ila prises, opine deux fois et vote trois (').
L’appel du petit conseil au deux-cents est un véritable jeud’enfant ; c'est une farce en politique s’il en fut jamais : aussin’appelle-t-on pas proprement cet appel un appel ; c’est une grâcequ’on implore en justice, un recours en cassation d’arrêt : on necomprend pas ce que c’est. Croit-on que si le petit conseil n’eûtbien senti que ce dernier recours étoit sans conséquence, il s’eufût volontairement dépouillé comme il fit? Ce désintéressementn’est pas dans ses maximes.
(0 Dans un état qui se gouverne en république, et où l’on parle la langue françoise,il faut!roit se faire un langage à part pour le gouvernement. Par exemple, délibérer,opiner, voter, sont trois choses très différentes, et que les François ne distinguentpas assez. Délibérer, c‘est peser le pour et le contre ; opiner, c'est dire son avis et lemotiver ; voter, c’est donner son suffrage quand il ne reste plus qu’a recueillir lesvoix. On met d'abord lamatière en délibération : au premier tour on opine ; on voteau dernier. Les tribunaux ont partout à peu près les mêmes formes ; mais comme, dansles monarchies, le public n’a pas besoin d'en apprendre les termes, ils restent consa»crés au barreau. C'est par une autre inexactitude de la langue en ces matières queM. de Montesquieu, quilasavoitsibien, n’a pas laissé de dire toujours la puissanceexécutrice, blessant ainsi l’analogie, etfaisantadjectiflemotexecwfe&r, qui est sub-stantif. C’est la même faute que s'il eût dit, le pouvoir législateur ,