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Tome quatrième.
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PARTIE II, LETTRE VIII. 659

lumières et moins de courage ; et cela ne peut guère être autre-ment par la manière dont il est rempli (').

Vous voyez, monsieur, combien, au lieu de spécifier les droitsdu conseil souverain, il eût été plus utile de spécifier les attribu-tions des corps qui lui sont subordonnés ; et sans aller plus loin,vous voyez plus évidemment encore que, par la force de certainsarticles pris séparément, le petit conseil est l'arbitre suprêmedes lois, et par elles du sort de tous les particuliers. Quand onconsidère les droits des citoyens et bourgeois assemblés en con-seil général, rien n’est plus brillant ; mais considérez hors de làces mêmes citoyens et bourgeois comme individus, que sont-ils?que deviennent-ils? Esclaves d’un pouvoir arbitraire, ils sont li-vrés sans défense à la merci de vingt cinq despotes : les Athéniensdu moins en avoient trente. Et que dis-je vingt-cinq? neuf suffi-sent pour un jugement civil, treize pour un jugement criminel ( 2 ).Sept ou huit, d’accord dans ce nombre, vont être pour vous au-tant de décemvirs : encore les décemvirs furent-ils élus par lepeuple; au lieu qu'aucun de ces juges n’est de votre choix : et l’onappelle cela être libres !

LETTRE VIII.

Esprit de l’édit de médiatioa. Contre-poids qu'il donne à la puissance aris-tocratique. Entreprise du petit conseil d'anéantir ce contre-poids par voiede fait. Examen des inconvénients allégués. Système des édits sur les em-prisonnements.

J’ai tiré, monsieur, l’examen de votre gouvernement présentdu réglement de la médiation par lequel ce gouvernement est fixé ;mais, loin d’imputer aux médiateurs d’avoir voulu vous réduireen servitude, je prouverois aisément, au contraire, qu’ils ont

(*) Ceci s’entend en général, et seulement de l'esprit du corps : car je sais qu’il y adans le deux-cents des membres très éclairés, et qui ne manquent pas de zèle : maisincessamment sous les yeux du petit conseil, livrés àsa merci, sans appui, sans ressourceet sentant bien qu’ils seroient abandonnés de leur corps, ils s’abstiennent de tenter desdémarches inutiles, qui ne feraient que les compromettre et les perdre. La vile tourbebourdonne et triomphe ; le sage se tait et gémit tout bas.

Au reste, le deux-cents n'a pas toujours été dans le discrédit où il est tombé. Jadis,il jouit de la considération publique et de la confiance des citoyens : aussi lui laissoient-ils sans inquiétude exercer les droits du conseil général, que le petit conseil tâcha dès-ors d’attirer à lui par cette voie indirecte. Nouvelle preuve de ce qui sera dit plus bas,que la bourgeoisie de Genève est peu remuante, et ne cherche guère à s’intriguer desaffaires d’état.

( 3 ) Édits civils, tit. I. art, xxxvi.