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Tome quatrième.
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PARTIE II, LETTRE IX. 701

particulières, toujours prêt à se mêler de celles de letat, a besoind’être contenu, je le sais ; mais, encore un coup, la bourgeoisiede Genève est-elle ce peuple-là? Rien n’y ressemble moins; elleen est l’antipode. Vos citoyens, tout absorbés dans leurs occupa-tions domestiques, et toujours froids sur le reste, ne songent àl’intérêt public que quand le leur propre est attaqué. Trop peusoigneux d’éclairer la conduite de leurs chefs, ils ne voient lesfers qu’on leur prépare que quand ils en sentent le poids. Tou-jours distraits, toujours trompés, toujours fixés sur d’autres ob-jets , ils se laissent donner le change sur le plus important detous, et vont toujours cherchant le remède, faute d’avoir suprévenir le mal. A force de compasser leurs démarches, ils neles font jamais qu’après coup. Leurs lenteurs les auroient déjàperdus cent fois, si l’impatience du magistrat ne les eût sauvés,et si, pressé d’exercer ce pouvoir suprême auquel il aspire, il neles eût lui-même avertis du danger.

Suivez l’historique de votre gouvernement : vous verrez tou-jours le conseil, ardent dans ses entreprises, les manquer le plussouvent par trop d’empressement à les accomp'ir; et vous verreztoujours la bourgeoisie revenir enfin sur ce qu’elle a laissé fairesans y mettre opposition.

En 1570, l’état étoit obéré de dettes et affligé de plusieursfléaux. Comme il étoit malaisé, dans la circonstance, d’assemblersouvent le conseil général, on y propose d’autoriser les conseilsde pourvoir aux besoins présents : la proposition passe. Ils par-tent de là pour s’arroger le droit perpétuel d'établir des impôts,et pendant plus d’un siècle on les laisse faire sans la moindre op-position.

En 1714, on fait, par des vues secrètes ('), l’entreprise immenseet ridicule des fortifications, sans daigner consulter le conseil gé-néral , et contre la teneur des édits. En conséquence de ce beauprojet, on établit pour dix ans des impôts sur lesquels on ne le con-sulte pas davantage. Il s’élève quelques plaintes; on les dédaigne,et tout se tait.

En 1725, le terme des impôts expire; il s’agit de les prolonger.C’étoit pour la bourgeoisie le moment tardif, mais nécessaire, derevendiquer son droit, négligé si long-temps. Mais la peste deMarseille et la banque royale ayant dérangé le commerce, chacun,occupé des dangers de sa fortune, oublie ceux de sa liberté. I.e

(‘) Il en a été parlé ci-devant, page 71.

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