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Tome quatrième.
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PABTIE II, LETTRB IX. 703

milieu des troubles qui régnoient alors, les citoyens, occupés detant d’autres affaires, ne peuvent songer à tout. En 1758, on ré-pète la même manœuvre ; celui qu’elle regarde veut se plaindre ;on le fait taire, et tout se tait. En 1762, on la renouvelle en-core ('). Les citoyens se plaignent enfin l’année suivante. Le con-seil répond : Vous venez trop tard ; l’usage est établi.

En juin 1762, un citoyen que le conseil avoit pris en haineest flétri dans ses livres, et personnellement décrété contre l editle plus formel. Ses parents, étonnés, demandent, par requête,communication du décret : elle leur est refusée, et tout se tait.Au bout d’un an d’attente, le citoyen flétri, voyant que nul neproteste, renonce à son droit de cité. La bourgeoisie ouvre enfinles yeux, et réclame contre la violation de la loi : il n’étoit plustemps.

Un fait plus mémorable par son espèce, quoiqu’il ne s’agisseque d’une bagatelle, est celui du sieur Bardin. Un libraire com-met à son correspondant des exemplaires d’un livre nouveau;avant que les exemplaires arrivent, le livre est défendu. Le li-braire va déclarer au magistrat sa commission, et demander cequ’il doit faire. On lui ordonne d’avertir quand les exemplairesarriveront : ils arrivent ; il les déclare ; on les saisit : il attendqu’on les lui rende, ou qu’on les lui paie; on ne fait ni l’un nil’autre : il les redemande, on les garde : il présente requête pourqu’ils soient renvoyés, rendus, ou payés; on refuse tout. Il perdses livres ; et ce sont des hommes publics, chargés de punir levol, qui les ont gardés !

Qu’on pèse bien toutes les circonstances de ce fait, et je doute

(*) Et à quelle occasion l Voilà une inquisition d'état à faire frémir. Est-il conce-vable que, dans un pays libre, on punisse criminellement un citoyen pour avoir,dans une lettre à un autre citoyen, non imprimée, raisonné en termes décents et me-surés sur la conduite du magistrat envers un troisième citoyen ? Trouvez-vous desexemples de violences pareilles dans les gouvernements les plus absolus? A la re-trait* 1 de M.de Silhouette, je lui écrivis une lettre qui courut Paris (n \Cette lettre étoitd’une hardiesse que je ne trouve pas moi-même exempte de blâme; c’est peut-être laseule chose répréhensible que j’aie écrite en ma vie. Cependant m’a-t-on dit le moin-dre mot à ce sujet ? on n'y a pas même songé. En France, on punit les libelles ; onfait très bien : mais on laisse aux particuliers une liberté honnête de raisonner entreeux sur les affaires publiques, et il est inouï qu’on ait cherché querelle à quelqu’unpour avoir, dans des lettres restées manuscrites, dit son avis, sans satire et sansinvec-tive, sur ce qui se fait dans les tribunaux. Après avoir tant aimé le gouvernementrépublicain, faudra-t-il changer de sentiment dans ma vieillesse, et treuver enfinqu'il y a plus de véritable liberté dans les monarchies que dans nos républiques ?

(#) Voyez cette lettre ou livre X des Confessions,