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Tome huitième.
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ANNÉE 1765 . 43

Il faut quitter ce pays, je le sens; il est trop près de Genève,on ne m’y laisserait jamais en repos. Il n’y a guère qu’un payscatholique qui me convienne ; et c’est de là, puisque vos ministresveulent tant la guerre, qu’on peut leur en donner le plaisir toutleur soûl. Vous sentez, monsieur, que ce déménagement a sesembarras. Voulez-vous être dépositaire de mes effets en attendantque je me fixe? voulez-vous acheter mes livres, ou m’aider à lesvendre? voulez-vous prendre quelque arrangement, quant àmes ouvrages, qui me délivre de l’horreur d’y penser, et de m’enoccuper le reste de ma vie? Toute cette rumeur est trop vive ettrop folle pour pouvoir durer. Au bout de deux ou trois ans, tou-tes les difficultés pour l’impression seront levées, surtout quandje n’y serai plus. En tous cas, les autres lieux, même au voisinage,ne manqueront pas. Il y a sur tout cela des détails qu’il seraittrop long d’écrire, et sur lesquels, sans que vous soyez marchandet sans que vous me fassiez l’aumône, cet arrangement peut m’ê-tre utile, et ne vous pas être onéreux. Gela demande d’en confé-rer. Il faut voir seulement si vos affaires présentes vous permet-tent de penser à celle-là.

Vous savez donc le triste état de la pauvre madame Guyenet,femme aimable, d’un vrai mérite, d’un esprit aussi fin que juste,et pour qui la vertu n’étoit pas un vain mot : sa famille est dans laplus grande désolation, son mari est au désespoir, et moi je suisdéchiré. Voilà, monsieur, l’objet que j’ai sous les yeux pour meconsoler d’un tissu de malheurs sans exemple.

J’ai des accès d'abattement, cela est assez naturel dans l’étatde maladie, et ces accès sont très sensibles, parcequ’ils sont lesmoments où je cherche le plus à m’épancher ; mais ils sont courts,et n’influent point sur ma conduite. Mou état habituel est le cou-rage; et vous le verrez peut-être dans cette affaire, si l’on mepousse à bout ; car je me fais une loi d’être patient jusqu’au mo-ment où l'on ne peut plus l’être sans lâcheté. Je ne sais quellediable de mouche a piqué vos messieurs ; mais il y a bien de l’ex-travagance à tout ce vacarme ; ils en rougiront sitôt qu’ils serontcalmés.

Mais que dites-vous. monsieur, de l’étourderie de vos mi-nistres, qui, vu leurs mœurs, leur crasse ignorance, devroienttrembler qu’on n’aperçût qu’ils existent, et qui vont sottementpayer pour les autres dans une affaire qui ne les regarde pas ?Je suis persuadé qu’ils s’imaginent que je vais rester sur la dé-