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Tome huitième.
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ANNÉE 1765.

et tout ce que je désiré au monde est un coin de terre où je puissemourir en paix, sans toucher ni papier ni plume.

Je sens le prix de ce que vous avez fait pendant que nous nenous écrivions plus. Je me plaignois de vous, et vous vous oc-cupiez de ma défense. On ne remercie pas de ces choses-là, onles sent. On ne fait point d'excuse, on se corrige.

V oici la lettre de M. Garcin : il vient bien noblement à moi aumoment de mes plus cruels malheurs. Du reste, ne m’instruisezplus de ce qu’on pense ou de ce quon dit : succès, revers, dis-cours publics, tout m’est devenu de la plus grande indifférence.

Je n’aspire qu’à mourir en repos. Ma répugnance à me cacher estenfin vaincue. Je suis à peu près déterminé à changer de nom,'■età disparoître de dessus la terre. Je sais déjà quel nom je pren-drai ; je pourrai le prendre sans scrupule ; je ne mentirai sûre-ment pas. Je vous embrasse.

En finissant cette lettre, qui est écrite depuis hier, j’étois dansle plus grand abattement où j’aie été de ma vie. M. de Mont-moliin entra, et, dans cette entrevue, je retrouvai toute la vi-gueur que je croyois m’avoir tout-à-fait abandonné. Vous jugerezcomment je m’en suis tiré par la relation que j’en envoie àl’homme du roi, et dont je joins ici copie, que vous pouvez mon-trer. L’assemblée est indiquée pour la semaine prochaine. Peut-être ma contenance en imposera-t-elle. Ce qu’il y a de sûr, c’estque je ne fléchirai pas. En attendant qu’on sache quel parti ilsauront pris, ne montrez cette lettre à personne. Bon voyage.

A M. MEUROK,

Conseiller-d’état et procureur-général à Tseuchâtel.

Motiers, le 9 mars 1765.

Hier, monsieur, M, de Montmollin m’honora d’une visite,daus laquelle nous eûmes une conférence assez vive. Après m’a-voir annoncé l’excommunication formelle comme inévitable, ilme proposa, pour prévenir le scandale, un tempérament queje refusai net. Je lui dis que je ne voulois point d’un état inter-médiaire; que je voulois être dedans ou dehors, en paix ou enguerre, brebis ou loup. Il me fit sur toute cette affaire plusieurs ob-jections que je mis en poudre; car, comme il n’y a ni raison injus-tice à tout ce qu’on fait contre moi, sitôt qu’on entre en discussion8 .

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