ANNÉE 1765. 79
j’en connoissois, sa conduite vraiment pastorale envers moi ; jen’ai pas loué son caractère , que je ne connois pas ; je n’ai pasloué sa véracité, sa droiture. J’avouerai même que son extérieur,qui ne lui est pas favorable, son ton , son air, son regard sinis-tre , me repoussoient malgré moi ; j’étois étonné de voir tant dedouceur, d’humanité, de vertus, se cacher sous une aussi som-bre physionomie ; mais j’étouffois ce penchant injuste. Falloit-iljuger d’un homme sur des signes trompeurs que sa conduite dé-mentoit si bien? falloit-il épier malignement le principe secretd’une tolérance peu attendue? Je hais cet art cruel d’empoison-ner les bonnes actions d’autrui, et mon cœur ne sait point trou-ver de mauvais motifs à ce qui est bien. Plus je sentois en moid’éloignement pour M. de Montmollin , plus je cherchois à lecombattre par la reconnoissance que je lui devois. Supposons de-rechef possible le même cas , et tout ce que j’ai fait je le referoisencore.
Aujourd’hui M. de Montmollin lève le masque, et se montrevraiment tel qu’il est. Sa conduite présente explique la précé-dente. 11 est clair que sa prétendue tolérance, qui le quitte aumoment qu’elle eût été le plus juste , vient de la même sourceque ce cruel zèle qui l’a pris subitement. Quel étoit son objet?quel est-il à présent? je l’ignore ; je sais seulement qu’il ne sau-l’Oit être bon. Non seulement il m’admet avec empressement,avec honneur à la communion, mais il me recherche, me prône,me fête, quand je parois avoir attaqué de gaieté de cœur le chris-tianisme : et quand je prouve qu’il est faux que je l’aie atta-qué , qu'il est faux du moins que j’aie eu ce dessein , le voilàlui-même attaquant brusquement ma sûreté, ma foi, ma per-sonne; il veut m’excommunier, me proscrire; il ameute la paroisseaprès moi, il me poursuit avec un acharnement qui tient de la rage.Ces disparates sont-elles dans son devoir? Non ; la charité n’estpoint inconstante, la vertu ne se contredit point elle-même, et laconscience n’a pas deux voix. Après s’être montré si peu tolérant,il s étoit avisé trop tard de l’être : cette affectation ne lui alloitpoint : et comme elle n’abusoit personne, il a bien fait de rentrerdans son état naturel. En détruisant son propre ouvrage, en mefaisant plus de mal qu’il ne m’avoit fait de bien , il m’acquitte
même titre que celui de sa seconde lettre, Du Pevrou en a publié une troisième, danslaquelle il fait le récit de cet événement.
Ces trois lettres de Du Peyrou, et la réfutation de Montmollin, ont été réunies et ré-imprimées à Londres, avec toutes leurs annexes, in-12,1766.