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Tome huitième.
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80 CORRESPONDANCE,

envers lui de toute reconnoissance ; je ne lui dois plus que lavérité , je me la dois à moi-même ; et, puisqu’il me force à ladire, je la dirai.

Vous voulez savoir au vrai ce qui s’est passé entre nous danscette affaire. M. deMontmollin a faitau public sa relation en hommed’église, et, trempant sa plume dans ce miel empoisonné qui tue,il s’est ménagé tous les avantages de son état. Pour moi, mon-sieur , je vous ferai la mienne du ton simple dont les gens d'hon-neur se parlent entre eux. Je ne m’étendrai point en protesta-tions^d’ètre sincère ; je laisse à votre esprit sain, à votre cœurami de la vérité, le soin de la démêler entre lui et moi.

Je ne suis point, grâce au ciel, de ces gens qu’on fête et quel’on méprise ; j’ai l’honneur d’être de ceux que l'on estime etqu’on chasse. Quand je me réfugiai dans ce pays, je n’y apportaide recommandation pour personne, pas même pour milord ma-réchal. Je n’ai qu’une recommandation que je porte partout, etprès de milord maréchal il n’en faut point d’autre. Deux heuresaprès mon arrivée, écrivant à S. Exc. pour l’en informer et memettre sous sa protection , je vis entrer un homme inconnu qui,s’étant nommé le pasteur du lieu, me fit des avances de toute es-pèce , et qui, voyant que j’écrivois à milord maréchal, m’offritd’ajouter de sa main quelques lignes pour me recommander. Jen’acceptais point cette offre : ma lettre partit, et j’eus l’accueilque peut espérer l’innocence opprimée partout où régnera la vertu.

Comme je ne m’attendois pas dans la circonstance à trouverun pasteur si liant, je contai dès le même jour cette histoire àtout le monde, et entre autres à M. le colonel Roguin, qui, pleinpour moi des bontés les plus tendres, avoit bien voulu m’accom-pagner jusqu’ici.

Les empressements de M. de Montmollin continuèrent : jecrus devoir en profiter ; et, voyant approcher la communion deseptembre, je pris le parti de lui écrire pour savoir si, malgré larumeur publique, je pouvois m’y présenter. Je préférai une lettreà une visite, pour éviter les explications verbales qu’il auroit puvouloir pousser trop loin. C’est même sur quoi je tâchai de le pré-venir ; car déclarer que je ne voulois ni désavouer ni défendremon livre, c’étoit dire assez que je ne voulois entrer sur ce pointdans aucune discussion. Et en effet, forcé de défendre mon hon-neur et ma personne au sujet de ce livre, j’ai toujours passé con-damnation sur les erreurs qui pouvoient y être, me bornant à