ANNKB 1765 . 81
montrer qu’elles ne prouvoient point que l’auteur voulût attaquerle christianisme, et qu’on avoit tort de le poursuivre criminelle-ment pour cela.
M. de Montmollin écrit que j’allai le lendemain savoir sa ré-ponse : c’est ce que j’aurois fait s’il ne fût venu me l’apporter. Mamémoire peut me tromper sur ces bagatelles ; mais il me prévint,ce me semble; et je me souviens au moins que par les démons-trations de la plus vive joie il me marqua combien ma démarchelui faisoit de plaisir. Il me dit en propres termes que lui et sontroupeau s’en tenoient honorés, et que cette démarche inespéréealloit édifier tous les fidèles. Ce moment, je vous l’avoue, fut undes plus doux de ma vie. Il faut connoître tous mes malheurs,il faut avoir éprouvé les peines d’un cœur sensible qui perdtout ce qui lui étoit cher, pour juger combien il m’étoit con-solant de tenir à une société de frères qui me dédommageroitdes pertes que j’avois faites, et des amis que je ne pouvoisplus cultiver. Il me sembloit qu’uni de cœur avec ce petittroupeau dans un culte affectueux et raisonnable, j’oublieroisplus aisément tous mes ennemis. Dans les premiers temps jem’attendrissois au temple jusqu’aux larmes. N’ayant jamais vécuchez les protestants, je m’étois fait d’eux et de leur clergé desimages angéliques : ce culte si simple et si pur étoit précisémentce qu’il falloit à mon cœur; il me sembloit fait exprès pour sou-tenir le courage et l’espoir des malheureux ; tous ceux qui le par-tageoient me sembloient autant de vrais chrétiens unis entre euxpar la plus tendre charité. Qu’ils m’ont bien guéri d’une erreur sidouce ! Mais enfin j’y étois alors, et c’étoit d’après mes idées queje jugeois du prix d’être admis au milieu d’eux.
Voyant que durant cette visite M. de Montmollin ne me disoitrien sur mes sentiments en matière de foi, je crus qu’il réservoitcet entretien pour un autre temps ; et sachant combien ces mes-sieurs sont enclins à s’arroger le droit qu’ils n’ont pas déjuger dela foi des chrétiens, je lui déclarai que je n’eutendois me soumet-tre à aucune interrogation ni à aucun éclaircissement, quel qu’ilpût être. Il me répondit qu'il n’en exigeroit jamais, et il m’a là-dessus si bien tenu parole, je l’ai toujours trouvé si soigneux d’é-diter toute discussion sur la doctrine, que jusqu’à la dernièreaffaire, il ne m’en a jamais dit un seul mot, quoiqu’il me soit ar-rivé de lui en parler quelquefois moi-même.
Les choses se passèrent de cette sorte tant avant qu’après la com-