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Tome huitième.
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82 CORRESPONDANCE.

munion ; toujours même empressement de la part de M. de Mont-mollin, et toujours même silence sur les matières théologiques. Ilportoitmème si loin l’esprit de tolérance, et le montroit si ouver-tement dans ses sermons, qu'il m’inquiétoit quelquefois pour lui-même. Comme je lui étois sincèrement attaché, je ne lui dégui-sois point mes alarmes, et je me souviens qu’un jour qu’il préchoittrès vivement contre l’intolérance des protestants, je fus trèseffrayé de lui entendre soutenir avec chaleur que l’Église réfor-mée avoit grand besoin d’une réformation nouvelle, tant dansla doctrine que dans les mœurs. Je n’imaginois guère alors qu’ilfournirait dans peu lui-même une si grande preuve de ce besoin.

Sa tolérance et l’honneur qu’elle lui faisoit dans le monde exci-tèrent la jalousie de plusieurs de ses confrères, surtout à Genève.Ils ne cessèrent de le harceler par des reproches, et de lui tendredes pièges où il esta la fin tombé. J’en suis fâché, mais ce n’estassurément pas ma faute. Si M. deMontmollin eût voulu soutenirune conduite si pastorale par des moyens qui en fussent dignes,s’il se fût contenté, pour sa défense, d’employer avec courage,avec franchise, les seules armes du christianisme et de la vérité,quel exemple ne donnoit-il point à l’Église, à l’Europe entière!quel triomphe ne s’nssuroit-il point! Il a préféré les armes de sonmétier; et, les sentant mollir contre la vérité, pour sa défense il avoulu les rendre offensives en m’attaquant. Il s’est trompé; cesvieilles armes, fortes contre qui les craint, foibles contre qui lesbrave, se sont brisées. 11 s’étoit mal adressé pour réussir.

Quelques mois après mon admission, je vis entrer un soir M. deMontmollin dans ma chambre : il avoit l’air embarrassé ; il s’as-sit, et garda long-temps le silence ; il le rompit enfin par un de ceslongs exordes dont le fréquent besoin lui a fait un talent. Venantensuite à son sujet, il me dit que le parti qu’il avoit pris de m’ad-mettre à la communion lui avoit attiré bien des chagrins et leblême de ses confrères; qu’il était réduit à se justifier là-dessusd’une manière qui put leur fermer la bouche, et que si la bonneopinion qu’il avoit de mes sentimeuts lui avoit fait supprimer lesexplications qu’à sa place un autre auroit exigées, il ne pouvoit,sans se compromettre, laisser croire qu’il n’en avoit eu aucune.

Là-dessus, tirant doucement un papier de sa poche, il se mit àlire, dans un projet de lettre à un ministre de Genève, des détailsd’entretiens qui n’avoient jamais existé, mais où il plaçoit, à lavérité fort heureusement, quelques mots par-ci par-là, dits à la