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CORRESPONDANCE.
femmes n’avoient point d’ame, que, sans songer au langage sicontraire qu’on leur tenoit ci-devant, ils ont à leur tour répété :C’est un impie, un scélérat, c’est VAntéchrist; il faut l’excommu-nier, le brûler! On leur a charitablement répondu : Sans doute;mais criez, et laissez-nousfaire, tout ira bien.
La marche ordinaire de messieurs les gens d'église me paroitadmirable pour aller à leur but : après avoir établi en principeleur compétence sur tout scandale, ils excitent le scandale sur telobjet qui leur plaît, et puis, en vertu de ce scandale qui est leurouvrage, ils s’emparent de l’affaire pour la juger. Voila de quoi serendre maîtres de tous les peuples, de toutes les lois, de tous lesrois, et de toute la terre, sans qu’on ait le moindre mot à leurdire. Vous rappelez-vous le conte de ce chirurgien dont la bouti-que donnoit sur deux rues, et qui sortant par une porte estropioitles passants, puis rentrait subtilement, et pour les panser ressor-toit par l’autre? Voilà l’histoire de tous les clergés du monde ,excepté que le chirurgien guérissoit du moins ses blessés, et queces messieurs, en traitant les leurs, les achèvent.
N’entrons point, monsieur, dans les intrigues secrètes qu’il nefaut pas mettre au grand jour. Mais si M. de Montmollin n’eùtvoulu qu’exécuter l’ordre de la classe, ou faire l’acquit de sa con-science, pourquoi l’acharnement qu’il a mis à cette affaire? pour-quoi ce tumulte excité dans le pays ? pourquoi ces prédicationsviolentes ? pourquoi ces conciliabules ? pourquoi tant de sots bruitsrépandus pour tâcher de m’effrayer par les cris de la populace?Tout cela n’est-il pas notoire au public ? M. de Montmollin le nie;et pourquoi non, puisqu’il a bien nié d’avoir prétendu deux voixdans le consistoire? Moi j’en vois trois, si je ne me trompe : d’a-bord celle de son diacre, qui n’étoit là que comme son représen-tant; la sienne ensuite, qui formoit l’égalité; et celle enfin qu’ilvouloit avoir pour départager les suffrages. Trois voix à lui seul,c’eût été beaucoup, même pour absoudre ; il les vouloit pour con-damner, etne put les obtenir :où étoitle mal? M. de Montmollinctoit trop heureux que son consistoire,plus sage que lui, l’eût tiréd’affaire avec la classe, avec ses confrères, avec ses correspondants,avec lui-même. J’ai fait mon devoir, auroit-il dit, j’ai vivementpoursuivi la chose; mon consistoire n'a pas jugé comme moi,il a absous Rousseau contre mon avis. Ce n’est pas ma faute;je me retire ; je n’en puis faire davantage sans blesser les lois,sans désobéir au prince, sans troubler le repos public ; je suis