ANISÉE 1765 . 91
trop bon chrétien, trop bon citoyen, trop lion pasteur, pour riententer de semblable. Après avoir échoué il pouvoit encore, avec unpeu d’adresse, conserver sa dignité et recouvrer sa réputation ;mais l'amour-propre irrité n’est pas si sage ; on pardonne encoremoins aux autres le mal qu’on leur a voulu faire que celui qu’onleur a fait en effet. Furieux de voir manquer à la face de l’Eu-rope ce grand crédit dont il aime à se vanter, il ne put quit-ter la partie ; il dit en classe qu’il n’est pas sans espoir de la re-monter; il le tente dans un autre consistoire : mais pour se montrermoins à découvert, il ne la propose pas lui-même, il la fait pro-poser par son maréchal, par cet instrument de ses menées, qu’ilappelle à témoin qu’il n’en a pas fait. Cela n’étoit-il pas finementtrouvé? Ce n’est pas que M. de Moutmollin ne soit fin ; mais unhomme que la colère aveugle ne fait plus que des sottises, quandil se livre à sa passion.
Cette ressource lui manque encore. Vous croiriez qu’au moinsalors ses efforts s’arrêtent là : point du tout ; dans l’assembléesuivante de la classe, il propose un autre expédient, fondé surl’impossibilité d’éluder l’activité de l’officier du prince dans saparoisse ; c’est d’attendre que j’aie passé dans une autre, et là derecommencer les poursuites sur nouveaux frais. Eu conséquencede ce bel expédient, les sermons emportés recommencent; onmet derechef le peuple en rumeur, comptant, à force de désagré-ments, me forcer enfin de quitter la paroisse. En voilà trop, en vé-rité, pour un homme aussi tolérant que M. de Montmollin pré-tend l’être, et qui n’agit que par l’ordre de son corps.
Ma lettre s’allonge beaucoup, monsieur; mais il le faut, et pour-quoi la couperois-je? seroit-ce l’abréger que d’en multiplier lesformules? Laissons à M. de Montmollin le plaisir de dire dix foisde suite: Dinuzarde, ma sœur, dormez-vous?
Je n’ai point entamé la question de droit ; je me suis interditcette matière. Je me suis borné dans la seconde partie de cettelettre à vous prouver que M. de Montmollin , malgré le ton béatqu’il affecte, n’a point été conduit dans cette affaire par le zèle dela foi, ni par son devoir; mais qu’il a, selon l’usage , fait servirDieu d’instrument à ses passions. Or jugez si pour de telles finson emploie des moyens qui soient honnêtes , et dispensez-moid’entrer dans des détails qui feroient gémir la vertu.
Dans la première partie de ma lettre je rapporte des faits oppo-sés à ceux qu’avance M. de Montmollin. Il avoit eu l’art de s e