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Tome huitième.
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92 CORRESPONDANCE,

ménager des indices auxquels je n'ai pu répondre que par le récitfidèle de ce qui s’est passé. De ces assertions contraires de sapart et de la mienne vous conclurez que l’un des deux est un men-teur, et j’avoue que cette conclusion me paroit juste.

En voulant finir ma lettre et poser sa brochure, je la feuilletteencore. Les observations se présentent sans nombre, et il ne fautpas toujours recommencer. Cependant, comment passer ce quej’ai dans cet instant sous les yeux ? Que feront nos ministres ? sedisoit-on publiquement? défendront-ils l’Évangile attaqué, siouvertement par ses ennemis ? C’est donc moi qui suis l’ennemide l’Evangile, parceque je m’indigne qu’on le défigure et qu’onl’avilisse? Eh ! que ses prétendus défenseurs n’imitent-ils l’usageque j’en voudrois faire ! que n’en prennent-ils ce qui les rendraitbons et justes, que n’en laissent-ils ce qui ne sert de rien à per-sonne, et qu’ils n’entendent pas plus que moi !

Si un citoyen de ce pays avait osé dire ou écrire quelque chosed’approchant à ce qu’avance M. Rousseau, ne séviroit-on pascontre lui? Non assurémeut; j’ose le croire pour l’honneur decet état. Peuples de Neuchâtel, quelles seraient donc vos fran-chises si, pour quelque point qui fournirait matière de chicaneaux ministres, ils pouvoient poursuivre au milieu de vous l’au-teur d’un factum imprimé à l’autre bout de l’Europe, pour sa dé-fense en pays étranger? M. de Montmollin m’a choisi pour vousimposer en moi ce nouveau joug : mais serois-je digne d’avoir étéreçu parmi vous, si j’y laissois, par mon exemple, une servitudeque je n’y ai point trouvée ?

M. Rousseau, nouveau citoyen, a-t-il donc plus de privilègesque tous les anciens citoyens ? Je ne réclame pas même ici lesleurs ; je ne réclame que ceux que j’avois étant homme, et commesimple étranger. Le correspondant que M. de Montmollin faitparler, ce merveilleux correspondant qu’il ne nomme point,et qui lui donne tant de louanges, est un singulier raisonneur, ceme semble. Je veux avoir, selon lui, plus de privilèges que tousles citoyens, parceque je résiste à des vexations que n’endurajamais aucun citoyen. Pour m’ôter le droit de défendre ma boursecontre un voleur qui voudrait me la prendre, il n’auroit doncqu’à me dire : Voïis êtes plaisant de ne vouloir pas que je vousvole.' Je volerois bien un homme du pays s’ilpassoil au lieu devous.

Remarquez qu’ici M. le professeur de Montmollin est le seul