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Tome huitième.
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102 CORRESPONDANCE.

Depuis ma lettre écrite et partie ce matin, j’ai reçu votre paquetdu 3. Je vois avec douleur le procès qu’on vous prépare. Vousavez affaire au plus déterminé des scélérats, et vous êtes unhomme de bien : jugez des avantages qu’il aura sur vous. Men-songes , cabales , fourberies , noirceurs, faux serments, faux té-moins, subornation de juges; quelles armes terribles dont vousêtes privé, et qu'il emploiera contre vous ! J’avoue que si sa fa-mille le soutient, il faut qu’elle soit composée de membres qui sedonnent tout ouvertement pour gens de sac et de corde ; mais ilfaut s’attendre à tout de la part des hommes, et je suis fâché devous dire que vous vivez dans un pays plein de gens d’esprit,mais qui n’imaginent pas même qu’il existe quelque chose qui sepuisse appeler justice et vertu. J’ai l’ame navrée, et tout ceci metle comble à mes malheurs.

Vous pouvez, si vous voulez, m’envoyer la petite caisse par leretour du bateau qui portera les pommes, et qui la conduira à Cer-lier, où je la ferai prendre. Mon généreux ami, je vous embrassele cœur ému et les yeux en larmes.

AU MÊME.

Le 7 octobre.

Voici, mon cher hôte, un troisième paquet depuis l’arrivée demademoiselle Le Vasseur. Comme je vous sais fort occupé, qu’ila fait fort mauvais, et que votre ouvrage n’a peut-être point en-core paru, je ne suis point en peine de votre silence, et j'espèreque vous vous portez bien. Pourmoi, je n’en puis pas dire autant,et c’est dommage. Il ne me manque que de la santé pour êtreparfaitement content dans cette ile, dont je ne compte plus sortirde l’année. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Mille rcmerciments et très humbles respects de mademoiselleLe Vasseur.

AU MÊME.

Ce vendredi II octobre.

Je suppose, mon cher hôte, que vous aurez reçu un mot delettre où je vous accusois la réception du dernier paquet, conte-nant, entre autres, un exemplaire de votre réponse au sicaire deMotiers. Deux heures après je reçus votre billet du samedi ; jen’ai montré la réponse à personne, et ne la montrerai point. Jesuis curieux d’apprendre ce que sa famille aura obtenu de vous.