ANNÉE 1765. 121
selon mon goût ; mais je comprends que, dans la circonstance,il a voulu donner en cela un témoignage public de l’estime dontil m’honore. Il desiroit beaucoup me retenir tout-à-fait, et m’éta-blir dans un de ses châteaux à douze lieues d'ici ; mais il y avoità cela une condition nécessaire que je n’ai pu me résoudre d’ac-cepter, quoiqu’il ait employé durant deux jours consécutifs touteson éloquence, et il en a beaucoup, pour me persuader. L’inquié-tude où il étoit sur mes ressources m’a déterminé à lui exposernos arrangements ; j’ai fait, par la même raison, la même confi-dence à tous mes amis devenus les vôtres , et qui, j’ose le dire,ont conçu pour vous la vénération qui vous est due. Cependantune inquiétude déplacée sur tous les hasards leur a fait exiger demoi une promesse dont il faut que je m’acquitte, très persuadé quec’est un soin bien superflu : c’est de vous prier de prendre les me-sures convenables pour que, si j’avois le malheur de vous perdre,je ne fusse pas exposé à mourir de faim. Au reste , c’est un ar-rangement entre vous et vos héritiers, sur lequel il me suffit dela parole que vous m’avez donnée.
On se fait une fête en Angleterre d’ouvrir une souscription pourl’impression de mes ouvrages. Si vous voulez en tirer parti, j’osevous assurer que le produit en peut être immense, et plus grandde mon vivant qu’après ma mort. Si cette idée pouvoit vous dé-terminer à y faire un voyage, je desirerois autant de la voir exé-cutée , que je le craignois en toute autre occasion.
Je ne voudrais pas, mon cher hôte, séparer mes livres ; il fautvendre tout ou m’envoyer tout. Je pense que les livres, l’herbieret les estampes, le tout bien emballé, peut m’être envoyé par laHollande, sans que les frais soient immenses; et je ne doute pasque MM. Portalès, et surtout M. Paul, qui m’a fait des offres siobligeantes, ne veuille bien se charger de ce soin. Toutefois, sivous trouvez l’occasion de vous défaire du tout, sauf les livres debotanique dont j’ai absolument besoin, j’y consens. Je pense quevous ferez bien aussi de m’envoyer toutes les lettres et autres pa-piers relatifs à mes mémoires, parceque mon projet est de rassem-bler et transcrire d’abord toutes mes pièces justificatives ; aprèsquoi je vous renverrai les originaux à mesure que je les transcri-rai. Vous devez en avoir déjà la première liasse ; j’attends, pourfaire la seconde, une trentaine de lettres de 1758, qui doivent êtreentre vos mains. Pygmalion ne m’est plus nécessaire, n’étantplus à Strasbourg ; mais je ne serais pas fâché de pouvoir lire à