ANNÉE 1766. 127
Saint-Simon avoir été transporté dans la plus profonde solitude :j’aurois été bien sûr de n’y jamais rester seul. Mon amour pourla retraite ne m’a pourtant pas fait encore accepter aucun des lo-gements qu’on m’a offerts en campagne. Me voilà devenu diffi-cile en hôte.
Lorsque vous voudrez bien, madame, me faire dire un mot devos nouvelles, soit directement, soit par M. Hume, permettez queje vous prie de m’en faire donner aussi sur la santé de madame lamaréchale.
Après avoir écrit cette lettre, j’apprends que M. Hume a trouvéun seigneur du pays de Galles, qui, dans un vieux monastère oùloge un de ses fermiers, lui fait offre pour moi d’un logement pré-cisément tel que je le desire. Cette nouvelle, madame, me comblede joie. Si dans cette contrée, si éloignée et si sauvage, je puispasser en paix les derniers jours de ma vie, oublié des hommes,cet intervalle de repos me fera bientôt oublier toutes mes misères,et je serois redevable à M. Hume de tout le bonheur auquel jepuisse encore aspirer.
A SI. DU PEYKOU.
* A Londres, le 27 janvier <766.
Je reçois, mon cher hôte, votre n° 16 . Je vous écrivis, il y aquelques jours ; mais comme il y eut quelque quiproquo sur l’af-franchissement de ma lettre, et qu’elle pourroit être perdue, jevous en répéterai les articles les plus importants, avec les chan-gements que de nouvelles instructions m’engagent d’y faire.
Rey me marque qu’il desireroit bien d’avoir un exemplaire devos lettres, et des pièces pour et contre ; faites en sorte de les luienvoyer. On ne connoissoit ici que votre première lettre ; Becketet de Hondt la faisoient traduire et imprimer, je leur ai fourni lereste. Mais M. Hume seroit d’avis qu’on fit encore une lettre surma retraite à l’ile de Saint-Pierre, puis à Bienne, et enfin enFrance et ici. Vous devriez, mon cher hôte, faire cette lettreadressée à M. Hume, qui en sera charmé, et auquel vous aurez deschoses si honnêtes à dire sur les tendres soins qu’il a pris de moi,et sur l’accueil distingué qu’il m’a procuré en Angleterre. L’élogede la nation vient là comme de cire ; en vérité elle le mérite bien,et c’est une bonne leçon pour les autres. Il me semble que vouspouvez traiter l’affaire de Berne sans vous compromettre, et même