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Tome huitième.
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ANNÉE 1766 . 165

faites pendant mon séjour à Londres et au voisinage. Je n’ai pointoublié vos offres obligeantes, et je m’en prévaudrai dans l’occa-sion avec confiance, sur de trouver toujours en vous un bon pa-rent, comme vous le trouverez toujours en moi. Je n’ai pas oubliénon plus que j’avois compté parler de vos vues à un certain hommeau sujet du voyage d’Italie. Sur la conduite extraordinaire et peunette de cet homme, il m'est d’abord venu des soupçons et en-suite des lumières qui m’ont empêché de lui parler , et qui, jecrois, vous en empêcheront de même, quand vous saurez que cethomme, à l’abri d’une amitié traîtresse, a formé avec deux ou troiscomplices l’honnête projet de déshonorer votre parent ; qu’il esten train d’exécuter ce projet, si on le laisse faire. Ce qui me frappeleplus en cette occasion, c’est la légèreté, et, j’ose dire, l'étourderieavec laquelle les Anglois, sur la foi de deux ou trois fourbes dontla conduite double et traîtresse devroit les saisir d'horreur, jugentdu caractère et des mœurs d’un étranger qu’ils ne commissentpoint, et qu’ils savent être estimé , honoré et respecté dans leslieux où il a passé sa vie. Voilà ce singulier abrégé de mon his-toire, où l’on me donne entre autres pour fils d'un musicien, cou-rant Londres comme une pièce authentique. Voilà qu’on imprimeeffrontément dans leurs feuilles que M. Hume a été mon protecteuren France, et que c’est lui qui m’a obtenu le passe-port avec le-quel j’ai passé dernièrement à Paris. Voilà cette prétendue lettredu roi de Prusse, imprimée dans leurs feuilles; et les voilà, eux,ne doutant pas que cette lettre, chef-d’œuvre de galimatias etd’impertinence, n’ait réellement été écrite par ce prince, sans quepas un seul s’avise de penser qu’il seroit pourtant bon de m’en-tendre, et de savoir ce quej’ai à dire à tout cela. En vérité, de simauvais juges de la réputation ne méritent pas qu'un hommesensé se mette fort en peine de celle qu’il peut avoir parmi eux :ainsi je les laisse dire, en attendant que le moment vienne deles faire rougir. Quoi qu’il en soit, s’il y a des lâches et des traî-tres dans ce pays, il y a aussi des gens d’honneur et d’une probitésûre, auxquels un honnête homme peut sans honte avoir obliga-tion. C’est à eux que je veux parler de vous si l’occasion s’en pré-sente, et vous pouvez compter que je ne la laisserai pas échapper.Adieu, mon cher cousin ; portez-vous bien et soyez toujours gai.Pour moi, je n’ai pas trop de quoi l’être; mais j'espère que lesnoires vapeurs de Londres ne troubleront pas la sérénité de l’airque je respire ici. Je vous embrasse de tout mon cœur.