A INNÉE 17G6. 169
j’ai été surpris du iour révoltant qu’il donnoit à ma conduite prèsdes gens qui pouvoient s’en offenser. Un exemple éclaircira ceci.M. Penneck, du Muséum , ami de milord maréchal, et pasteurd'une paroisse où l’on vouloit m'établir, vient me voir ; M. Hume,moi présent, lui fait mes excuses de ne l’avoir pas prévenu. Ledocteur Maly, lui dit-il, nous avoit invités pour jeudi au Mu-séum , où M. Rousseau devait, vous voir ; mais il préféra d alleravec madame Garrich à la comédie : on ne peut pas faire tantde choses en un jour.
On répand à Paris une fausse lettre du roi de Prusse, qui depuisa été traduite et imprimée ici. J’apprends avec étonnement quec'est un M. Walpole , ami de M. Hume , qui fait courir cette let-tre : je lui demaude si cela est vrai ; au lieu de me répondre, ilme demande froidement de qui je le tiens; et, quelques jours après,il veut que je confie il ce même M. Walpole des papiers qui m’in-téressent, et que je cherche à faire venir eu sûreté. Je vois cetteprétendue lettre du roi de Prusse, et j’y reeonnois à l’instant lestyle de M. d’Alembert, autre ami de M. Hume, et mon ennemid’autant plus dangereux qu’il a soin de cacher sa haine. J’ap-prends que le fils du jongleur Tronchin, mon plus mortel ennemi,est non seulement un ami de M. Hume, mais qu’il loge avec lui ;et quand M. Hume voit que je sais cela, il m’en fait la confidence,m’assurant que le fils ne ressemble pas au père. J’ai logé deux outrois nuits avec ma gouvernante dans cette même maison, chezM. Hume; et à l’accueil que nous ont fait ses hôtesses, qui sontses amies, j’ai jugé de la façon dont lui, ou cet homme qu’il ditne pas ressembler à son père, leur avoit parlé d’elle et de moi.
Tous ces faits combinés , et d’autres semblables que j’observe,me donnent insensiblement une inquiétude que je repousse avechorreur. Cependant les lettres que j’écris n’arrivent pas ; plusieursde celles que je reçois ont été ouvertes, et toutes ont passé par lesmains de M. Hume : si quelqu’une lui échappe, il ne peut cacher1 ardente avidité de la voir. Un soir je vois encore chez lui unemanœuvre de lettre dont je suis frappé. Voici ce que c’est quecette manœuvre , car il peut importer de la détailler. Je vous l’aidit, monsieur ; dans un fait je veux tout dire. Après soupé, gar-dant tous deux le silence au coin de son feu , je m’aperçois qu’ilme regarde fixement, ce qui lui arrive souvent et d’une manièreassez remarquable. Pour cette fois son regard ardent et prolongédevint presque inquiétant. J’essaie de le fixer à mon tour; mais