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Tome huitième.
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170 COKBESPONDAKCE.

en arrêtant mes yeux sur les siens je sens un frémissement inex-plicable , etje suis bientôt forcé de les baisser. La physionomie etle ton du bon Da\id sont d’un bonhomme; mais il faut que, pourme fixer dans nos tête-à-tête, ce bonhomme ait trouvé d’autresyeux que les siens.

L’impression de ce regard me reste : mon trouble augmentejusqu’au saisissement. Bientôt un violent remords me gagne; jem’indigne de moi-même. Enfin, dans un transport que je me rap-pelle encore avec délices, je me jette à son cou, je le serre étroi-tement , je l’inonde de mes larmes ; je m’écrie : Non , non, DavidHume n’est pas un traître; s’il n’était le meilleur des hommes ,il faudroit qu’il en fût le plus noir. David Hume me rend mes em-brassements , et, tout en me frappant de petits coups sur le dos,me répète plusieurs fois d’un ton tranquil le : Quoi ! mon cher mon-sieur! Eh!mon cher monsieur ! quoi donc! mon cher monsieur!Il ne me dit rien de plus ; je sens que mon cœur se resserre ; notreexplication finit là ; nous allons nous coucher, et le lendemain jepars pour la province.

Je reviens maintenant à ce que j’entendis à Roye la premièrenuit qui suivit notre départ. Nous étions couchés dans la mêmechambre, et plusieurs fois au milieu de la nuit je l’entendis s’é-crier avec une véhémence extrême : Je tiens J. -J. Rousseau! Jepris ces mots dans un sens favorable, qu’assurément le ton n’in-diquoit pas ; c’est un ton dont il m’est impossible de donner l’i-dée , et qui n’a nul rapport à celui qu'il a pendant le jour, et quicorrespond très bien aux regards dont j’ai parlé. Chaque fois qu’iLdit ces mots, je sentis un tressaillement d’effroi dont je n’étois pasle maître : mais il ne me fallut qu’un moment pour me remettre etrire de ma terreur; dès le lendemain , tout fut si parfaitement ou-blié , que je n’y ai pas même pensé durant tout mon séjour àLondres et au voisinage. Je ne m’en suis souvenu que depuis monarrivée ici, en repassant toutes les observations que j’ai faites, etdont le nombre augmente de jour en jour; mais à présent je suistrop sûr de ne plus l’oublier. Cet homme, que mon mauvais des-tin semble avoir forgé tout exprès pour moi, n’est pas dans lasphère ordinaire de l’humanité, et vous avez assurément plus quepersonne le droit de trouver son caractère incroyable. Mon des-sein n’est pas aussi que vous le jugiez sur mon rapport, maisseulement que vous jugiez de ma situation.

Seul dans un pays qui m’est inconnu, parmi des peuples peu