Band 
Tome huitième.
Seite
175
JPEG-Download
 

ANNÉE 1766. 175

Je ne sais ce qu’est devenu le portrait que je vous avois des-tiné; j’ai rompu toute correspondance avec M. Hume, et je suisdéterminé, quoi qu’il arrive, à ne lui récrire jamais. Je regardele triumvirat de Voltaire, de d’Alembert et de lui comme unechose certaine. Je ne pénètre point leur projet, mais ils en ontun. Je ne m’en tourmenterai plus, je n’y songerai pas même;vous pouvez y compter. Mais, en attendant que la vérité se dé-couvre, je ne veux avoir aucun commerce avec aucun des trois:puissent-ils m’oublier comme je les oublie! Quant au portrait,vous l’aurez, vous pouvez y compter; mais je vous demande dutemps pour me mettre au fait de toute chose. Je veux, s’il se peut,me faire oublier à Londres comme ailleurs. Cela est très néces-saire au repos de ma vie, et surtout à l’exécution de mon projet.Je vous embrasse.

Je voudrais bien que la Vision ne fût pas perdue ; n’en pour-roit-on pas du moins avoir une copie de quelque façon? 11 suffi-rait de me l’envoyer cet automne par M. d’Ivernois.

Je dois vous avertir que je n’ai rien écrit à personne de sem-blable à ce que vous me marquez, et que depuis près de deux ansje n’ai plus de correspondance avec M. Moultou, ne sachant pasmême où il est.

A M. n’iVBUNOIS.

A Woolton, le 31 mai 1766.

M. Lueadou aura pu vous marquer, monsieur, combien j’étoiseu peine de vous ; et votre lettre du 26 avril m’a tiré d’unegrande inquiétude. Je suis dans la plus grande joiedu projet quevous avez formé de me venir voir cette année ; je suis fâché seu-lement que ce soit trop tard pour jouir des charmes du lieu quej’habite; il est délicieux dans cette saison, mais en novembre ilsera triste ; il aura grand besoin que vous veniez en égayer l’ha-bitant. 11 faudra prévenir M. Du Peyrou de votre voyage, au casqu’il ait quelque chose à m’envoyer. J’aurais souhaité que vouspussiez venir ensemble, pour que le voyage fût plus agréable àtous les deux ; mais je trouverai mon compte à vous voir l’unaprès l’autre; je serai tout entier à chacun des deux, et j’auraideux fois du plaisir.

Si mes vœux pouvoient contribuer à rétablir parmi vous leslois et la liberté, je crois que vous ne doutez pas que Genève ne