196 CORRESPONDANCE.
ami dont j’étais la proie étoit ce qui portait dans mon cœur tropsensible l'accablement, la tristesse et la mort. Dans l'impétuositéd’un premier mouvement, dont jamais je ne fus le maître, et quemes adroits ennemis savent faire naître pour s’en prévaloir, j’é-cris des lettres pleines de désordre, où je ne déguise ni montrouble ni mon indignation.
Monsieur, j’ai tant de choses à dire qu’en chemin faisant j’enoublie la moitié. Par exemple, une relation eu forme de lettre surmon séjour à Montmorency fut portée par des libraires à M. Hume,qui me la montra. Je consentis qu’elle fût imprimée; il se char-gea d’y veiller : elle n’a jamais paru. .Pavois apporté un exem-plaire des Lettres de 31. Du Peyrou, contenant la relation desaffaires de Neuchâtel, qui me regardent ; je les remis aux mêmeslibraires à leur prière, pour les faire traduire et réimprimer;M. Hume se chargea d’y veiller : elles n’ont jamais paru ('). Dèsque la fausse lettre du roi de Prusse et sa traduction parurent,je compris pourquoi les autres écrits restoient supprimés, et jel’écrivis aux libraires. J’écrivis d’autres lettres qui probablementont couru dans Londres; enfin j’employai le crédit d’un hommede mérite et de qualité pour faire mettre dans les papiers une dé-claration de l’imposture : dans cette déclaration, je laissois paroî-tre toute ma douleur, et je n’en déguisois pas la cause.
Jusqu’ici M. Hume a semblé marcher dans les ténèbres : vousl’allez voir désormais dans la lumière et marcher à découvert. Iln’y a qu’à toujours aller droit avec les gens rusés ; tût ou tard ilsse décèlent par leurs ruses mêmes.
Lorsque cette prétendue lettre du roi de Prusse fut publiée àLondres, M. Hume, qui certainement savoit qu’elle étoit suppo-sée, puisque je le lui avois dit, n’en dit rien , ne m’écrit rien , setait, et ne songe pas même à faire, en faveur de son ami absent,aucune déclaration delà vérité. Il ne falloit, pour aller au but,que laisser dire et se tenir coi ; c’est ce qu’il fit.
M. Hume, ayant été mon conducteur en Angleterre, y étoit euquelque façon mon protecteur, mon patron. S’il étoit naturel qu’ilprît ma défense, il ne l’était pas moins qu’ayant une protestationpublique à faire, je m’adressasse à lui pour cela. Ayant déjà cesséde lui écrire, je n’a vois garde de recommencer. Je m’adresse à
( 4 ) Les libraires viennent de me marquer que cette édition est faite et prête à pa-roitre. Cela peut être, mais c'est trop tard, et, qui pis est, trop à propos.