année 1766. 205
tude tandis que vous en sentiez le mal. Vous en voilà, j’espère,délivré, du moins pour cette année. La prévoyance de ces retoursannuels est terrible ; cependant si de vives douleurs laissoientraisonner, ce seroit quelque consolation . tandis qu elles durent,de sentir qu’on achète à ce prix onze mois de repos. Quant à moi,si je pouvois rassembler en un point ce que je souffre en détail,j’en ferois le marché de grand cœur ; car les intervalles de reposdonnent seuls un prix à la vie. Mais comme je ne doute point quecette somme de douleur ne fût beaucoup moindre que la vôtre, jesens que ce triste marché ne doit pas vous agréer. Cependant, àtoute mesure, souffrir beaucoup me paroît encore préférable àsouffrir toujours. O mon hôte 1 ne renouvelons pas nos douleurs,dans leur relâche, en nous en rappelant le cruel souvenir. Con-tentons-nous de tâcher, comme vous faites, d’adoucir la rigueurde leurs attaques par toutes les précautions que la raison peutsuggérer. Celle du grand exercice me paroit excellente; la gouttedoit son origine à la vie sédentaire ; il faut du moins empêcher sa.cause de la nourrir. Vous semblez mettre en parité l’exercice pé-destre , l’équestre, et le mouvement du carrosse ; c’est en quoi jene suis pas de votre avis. Le carrosse est à peine un mouvement,et posant, à cheval, sur son derrière et sur ses pieds, on a plusd’à moitié le corps en repos. Dans la marche à pied toutes les ar-ticulations agissent, et le mouvement du sang accéléré excite unetranspiration salutaire. Il n’est pas possible que, tandis qu’on'marche, aucune sécrétion d’humeur se fasse hors de son lieu. Mar-chez donc, voyagez, herborisez ; allez à Cressier à pied, revenezde même, dût quelque taureau vous faire en passant les honneursdu bois.
Quant à l’abstinence que vous voulez vous prescrire, je l’ap-prouve aussi, pourvu qu’elle n’aille pas trop loin. Continuez dene pas souper, vous en dormirez plus paisiblement et mieux. îVejoignez pas le souper au dîner en doublant la dose, c’est encorefort bien ; mais n’allez pas partir de là pour vivre en anachorète,et peser vos aliments comme Sanetorius. Beaucoup d’exercice etbeaucoup d’abstinence vont mal ensemble ; c’est un régime quen’approuve pas la nature, puisqu’à proportion de l’exercice qu’onfait, elle augmente l’appétit. 11 faut être sobre jusque dans la so-briété. Choisissez vos mets sans les mesurer. Ayez une table fru-gale, mais suffisante : que tout y soit simple, mais bon dans sonespèce. Point de primeurs, rien de recherché, rien de rare, mais
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