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Tome huitième.
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206 CORRESPONDANCE.

tout bien choisi dans son meilleur temps. C'est ainsi que j’ai vécudans mon petit ménage , et que j’y vivrais toujours, quand j’au-rois cent mille écus de rente. Je me souviens d’avoir mangé chezvous du pain de farine échauffée, et du poisson qui n’étoit pasfrais ; voilà qui est pernicieux. Je sais que madame la comman-dante y fait tout son possible ; malheureusement, on n’est pasriche impunément. Mais voilà surtout où doit porter sa vigilanceet la vôtre; que rien ne soit fin, que tout soit sain.

Il y a, mon cher hôte, une autre sorte d’abstinence que je croisbeaucoup plus importante à votre état, et qui seule, je n’en doutepoint, pourrait opérer votre guérison. Le vieux Dumoulin répétoitsouvent que jamais homme continent n’avoit eu la goutte ; et ildisoit aux goutteux qui se mettoient au lait : Buvez du vin deChampagne, et quittez les filles. Mon cher hôte, je ne suis pointcontent de ce que vous m’avez écrit à ce sujet : ce que vous re-gardez comme la consolation de votre existence est précisémentce qui vous la rend à charge. Un sang appauvri ne porte au cer-veau que des esprits languissants et morts, et n’engendre que desidées tristes. Laissez reprendre à votre sang tout son baume, bien-tôt vous verrez aussi la nature et les êtres reprendre à vos yeuxune face riante, et vous sentirez avec délices le plaisir d’exister.La santé du corps, la vigueur de Famé, la vivacité de l’esprit, lagaieté de l’humeur, tout tient à ce grand point ; et le seul régimeutile aux vaporeux est précisément le seul dont ils ne s’avisentjamais. Je vous prêche un jeûne que l’habitude contraire a rendufort difficile, je le sais bien ; mais là-dessus la goutte doit être unmeilleur prédicateur que moi. Cependant il s’agit moins ici degrands efforts que d’une certaine adresse ; il faut moins songer àvaincre qu’à éviter le combat. Il faut savoir se distraire et s’oc-cuper beaucoup, mais surtout agréablement ; car les occupationsdéplaisantes ont besoin de délassement, et voilà précisément oùnous attend l’ennemi. Mon cher hôte , j’ai le plus grand besoinde vous ; je donnerais la moitié de ma vie pour vous voir heu-reux et sain, et je suis persuadé que cela dépend de vous encore.J’ai une grande entreprise à vous proposer. Essayez un an demon pénible mais utile régime. Si dans un an la machine n’estpas remontée, si l’ame ne se ranime pas, si la goutte revientcomme auparavant, je me tais; reprenez votre train. Mais, degrâce, pensez à ce que votre ami vous propose ; si vous pouvezencore aspirerau bonheur et à la santé, de si grands objets ne mé-