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Tome huitième.
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ANNÉE 1766 . 207

ritent-ils pas bien des sacrifices ? Pour les rendre moins onéreux,donnez-vous quelque goût qui devienne enfin passion, s’il est pos-sible, et qui remplisse tous vos loisirs. Je vous ai conseillé labo-tanique ; je vous la conseille encore, a cause du double profit del’amusement et de l’exercice, et que quand on a bien herborisé dansles rochers pendant la journée, on n’est pas fâché le soir d'allercoucher seul. J’y vois des avantages que d’autres occupationsréuniroient difficilement aussi bien. Toutefois suivez vos goûtsquels qu’ils soient, mais occupez-vous tout de bon ; vous verrezquels charmes prennent par degrés les connoissances, à mesurequ’on les cultive. Tel curieux analyse avec plus de plaisir unejolie fleur qu’une jolie fille. Dieu veuille, mon très cher hôte, quebientôt ainsi soit de vous !

J’écrirai cette semaine à milord maréchal pour l’affaire deM. d’Escherny, à qui je vous prie de faire mes salutations et mesexcuses de ce que je ne lui réponds pas ; c’est une suite de la ré-solution que j’ai prise de n’écrire plus à personne qu’au seul mi-lord maréchal et à vous. Je sens combien il importe au repos dureste de ma vie que je sois totalement oublié du public. Je seraispourtant bien fâché que mes amis m’oubliassent ; mais c’est ceque je n’ai pas à craindre de ceux qui sont près de vous, et quel-que jour eux ou leurs enfants auront des preuves que je ne lesoublie pas non plus. Mais quand on écrit, les lettres se montrent ;on parle d’un homme, et il m’importe qu’on cesse de parler de moi,au point d’être censé mort de mon vivant. Je ne me suis pas ré-servé une seule correspondance à Paris, à Genève, à Lyon, pasmême à Yverdun; mais mon cœur est toujours le même, et jeme flatte, mon cher hôte, que dans tout ce qui est à votre portéevous voudrez bien suppléer à mon silence dans l’occasion. Jesuis très fâché que M. de Pury, que j’aime de tout mon cœur,ait à se plaindre de quelques propos de mademoiselle Le Vas-seur, qui probablement lui ont été mal rendus ; mais je suis sur-pris en même temps qu’un homme d’autant d’esprit daigne faireattention à ces petits bavardages femelles. Les femmes sont faitespour cailleter, et les hommes pour en rire. J’ai si bien pris monparti sur tous ces dits et redits de commères, qu’ils sont pourmoi comme n’existant pas ; et il n’y a que ce moyen de vivre enrepos.

Je vous suis obligé de la copie de la lettre de M. Hume quevous m’avez envoyée. C’est à peu près ce que j’imaginois. L’ar-