210 CORRESPONDANCE.
Ils viennent d’un bon père qui, non plus que celui dont ii est l’i-mage, n’attend pas que ses enfants lui demandent leur pain quo-tidien.
Je n’entends point ce que vous me dites d’une prétendue chargeque les habitants de Derbyshire m’ont donnée. Il n’y a rien depareil, je vous assure, et cela m’a tout l’air d’une plaisanterie quequelqu’un vous aura faite sur mon compte ; du reste, je suis trèscontent du pays et des habitants, autant qu’on peut l’étre à monâge d’un climat et d’une manière de vivre auxquels on n’est pasaccoutumé. J’espérois que vous me parleriez un peu de votremaison et de votre jardin, ne fùt-ce qu’en faveur de la botanique.Ah! que ne suis-je à portée de ce bienheureux jardin, dut monpauvre Sultan le fourrager un peu, comme il fit celui de Co-lombier !
A M. DAVENI'ORT.
IT6G.
Je suis bien sensible, monsieur, à l’attention que vous avez dem’envoyer tout ce que vous croyez devoir m’intéresser. Ayantpris mon parti sur l’affaire en question, je continuerai, quoi qu’ilarrive, de laisser M. Hume faire du bruit tout seul, et je garderai,lerestedemes jours, le silence queje me suis imposé surcetarticle.Au reste, sans affecter une tranquillité stoïque, j’ose vous assurerque, dans ce déchaînement universel, je suis ému aussi peu qu’ilest possible, et beaucoup moins que je n’aurois cru l’ètre, si d’a-vance on me l’eût annoncé; mais ce que je vous proteste et ce queje vous jure, mon respectable hôte, en vérité et à la face du ciel,c’est que le bruyant et triomphant David Hume, dans tout leelatde sa gloire, me paroît beaucoup plus à plaindre que l’infortunéJ.-J. Rousseau, livré à la diffamation publique. Je ne voudraispour rien au monde être à sa place, et j’y préfère de beaucoup lamienne, même avec l’opprobre qu’il lui a plu d’y attacher.
J’ai craint pour vous ces mauvais temps passés. J’espère queceux qu’il fait à présent en répareront le mauvais effet. Je n’ai pasété mieux traité que vous, et je ne connois plus guère de bontemps ni pour mon cœur ni pour mon corps : j’excepte celui queje passe auprès de vous : c’est vous dire assez avec quel empres-sement je vous attends et votre chère famille, que je remercie etsalue de toute mon ame.