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Tome huitième.
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AX'XÉE 1766.

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A M. GUY.

Wootton, le 2 août 1766 .

Je me serais bien passé, monsieur, d’apprendre les bruits obli-geants qu’on répand à Paris sur mon compte, et vous auriez bienpu vous passer de vous joindre à ces cruels amis qui se plaisentà m’enfoncer vingt poignards dans le cœur. Le parti que j’ai prisde m’ensevelir dans cette solitude, sans entretenir plus aucunecorrespondance dans le monde, est l’effet de ma situation bienexaminée. La ligue qui s’est formée contre moi est trop puissante,trop adroite, trop ardente, trop accréditée, pour que, dans maposition, sans autre appui que la vérité, je sois en état de lui faireface dans le public. Couper les têtes de cette hydre ne servirait qu’àles multiplier ; et je n’aurois pas détruit une de leurs calomnies,que vingt autres plus cruelles lui succéderaient à l’instant. Ceque j’ai à faire est de bien prendre mon parti sur les jugementsdu public, de me taire, et de tâcher au moins de vivre et mouriren repos.

•Te n’en suis pas moins reconnoissant pour ceux que l’intérêtqu’ils prennent à moi engage à m’instruire de ce qui se passe : enm'affligeant, ils m’obligent ; s’ils me font du mal, c’est en vou-lant me faire du bien. Ils croient que ma réputation dépend d’unelettre injurieuse, cela peut être ; mais s’ils croient que mon hon-neur en dépend, ils se trompent. Si l’honneur d’un homme dé-peudoit des injures qu’on lui dit et des outrages qu’on lui fait,il y a long-temps qu’il ne me resterait plus d’honneur à perdre ;mais, au contraire, il est même au-dessous d’un honnête hommede repousser de certains outrages. On dit queM. Hume me traitede vile canaille et de scélérat. Si je savois répondre à de pareilsnoms, je m’en croirais digne.

Montrez cette lettre à mes amis, et priez-les de se tranquilli-ser. Ceux qui ne jugent que sur des preuves ne me condamnerontcertainement pas, et ceux qui jugent sans preuves ne valent pasla peine qu’on les désabuse. M. Hume écrit, dit-on, qu’il veutpublier toutes les pièces relatives à cette affaire ; c’est, j’en ré-ponds, ce qu’il se gardera de faire, ou ce qu’il se gardera bien aumoius de faire fidèlement. Que ceux qui seront au fait nous ju-gent, je le desire ; que ceux qui ne sauront que ce que M. Humevoudra leur dire ne laissent pas de nous juger -, cela m’est, je