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Tome huitième.
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AVISÉE 1766. 219

ces messieurs, pour me rien envoyer, ni pour rien qui me regarde;j’ai senti, dans plus d’une affaire, l’influence que M. Hume a sureux. II vient de m’en arriver une qui mérite d’étre contée. M. DuPeyrou ayant jugé à propos de m’envoyer mes livres, je l’avoisprié de les adresser à ces messieurs, qui s’étoient offerts. Ayantune collection considérable d'estampes, dont les droits, exigés àla rigueur, auraient passé mes ressources, je les priai de tacherde faire mitiger le droit, d'autant plus que la moitié de mes es-tampes ne valant pas ce droit, j’aimerois mieux les abandonnerque de le payer sans rabais : ces messieurs promettent de fairede leur mieux ; ils reçoivent mes livres, et, outre quinze louis deport, en prennent quinze autres chez mon banquier pour les fraisde douane, gardent et fouillent les livres tant qu'il leur plait,sans me rien marquer de leur arrivée, m’envoient enfin sans avisun ballot que je les avois priés de m’envoyer sitôt que les miensarriveraient. J’ouvre ce ballot, où mes estampes étoient; jetrouveles porte-feuilles vides, etpas une seule estampe ni petite ni grande,sans qu’ils aient même daigné me marquer ce qu’ils en avoientfait. Ainsi j’ai quinze louis de port, autant de douane, sans sa-voir sur quoi, et pour cent louis d’estampes perdues, sans qu’ilm’en reste une seule (”). Je ne sais si les livres que vous avez vusdoivent payer à Londres mille écus de douane ; mais je sais bienque si je les revends, comme il le faut bien, je n’en retirerai pasla moitié de cette somme. 11 y a un seul article d'une livre ster-ling (c’est près d’un louis) pour une vieille guitare sourde, briséeet pourrie, qui m’a coûté six francs de France, et dont je ne lesretrouverai jamais ; cela ne se ferait pas à Alger, mais cela se faità Londres , grâces aux bons soins de ces messieurs. Si je laisselong-temps mes livres dans leur magasin, et s'ils me font payer àproportion pour l’entrepôt, ne le pouvant pas, je serai forcé deleur laisser mes livres : ainsi j’aurai perdu, par leurs bons soins,tous mes livres, toutes mes estampes, et trente louis d’argentcomptant. Que dites-vous de cela? Je crois que ces messieurs sontpar eux-mêmes de fort honnêtes gens ; mais je crois aussi qu’àmon égard ils cèdent trop à l’instigation d’autrui : c’est pourquoije veux n’avoir avec eux, si je puis, aucune sorte d’affaires, depeur de m’en trouver toujours plus mal. Je chercherai, si vous yconsentez, à me prévaloir sur vous des trois cents francs de ma-

(‘) Ces estampes, déplacées des porte-feuilles qui les contenoient, se sont retrouvéesdans un autre ballot.