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Tome huitième.
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ANNÉE 1766 . 223

qui que ce fût au monde, hors le seul milord maréchal, qui sûre-ment m’a gardé le secret : il faut donc que ce secret ait été ébruitéde la part de M. Hume. Or comment M. Hume a-t-il pu dire quej’avois refusé, puisque cela étoit faux, et qu’alors mon intentionn’étoitpas même de refuser? Cette anticipation ne montre-t-ellepas qu’il savoit que je serois bientôt forcé à ce refus, et qu’il en-troit même dans son projet de m’y forcer, pour amener les chosesau point où il les a mises? La chaîne de tout cela me paroît im-portante à suivre pour le travail dont je suis occupé; et si vouspouviez parvenir à remonter, par votre ami, à la source de ce qu’ilvous écrit, vous rendriez un grand service à la chose et à moi-même.

Les choses qui se passent en Angleterre à mon égard sont, jevous assure, hors de toute imagination : j’y suis dans la plus com-plète diffamation où il soit possible d’être, sans que j’aie donné àcela la moindre occasion, et sans que pasuneame puisse dire avoireu personnellement le moindre mécontentement de moi. Il paroîtmaintenant que le projet de M. Hume et de ses associés est de mecouper toute ressource, toute communication avec le continent,et de me faire périr ici de douleur et de misère. J’espère qu’ils neréussiront pas : mais deux choses me font trembler : l’une estqu’ils travaillent avec force à détacher de moi M. Davenport, etque, s’ils réussissent, je suis absolument sans asile, et sans savoirque devenir ; l’autre, encore plus effrayante, est qu’il faut abso-lument que, pour ma correspondance avec vous, j’aie un commis-sionnaire à Londres, à cause de l’affranchissement jusqu’à cettecapitale, qu’il ne m’est pas possible de faire ici ; je me sers pourcela d’un libraire que je ne eonnois point, mais qu’on m’assureêtre fort honnête homme ; si par quelque accident cet homme ve-noit à me manquer, il ne me reste personne à qui adresser meslettres en sûreté, et je ne saurois plus comment vous écrire : ilfaut espérer que cela n’arrivera pas ; mais, mon cher hôte, je suissi malheureux! il ne me faudroit que ce dernier coup.

Je tâche de fermer de tous côtés la porte aux nouvelles affli-geantes ; je ne lis plus aucun papier public; je ne réponds plus àaucune lettre, ce qui doit rebuter à la fin de m’en écrire ; je neparle que de choses indifférentes au seul voisin avec lequel jeconverse, parcequ’il est le seul qui parle françois. Il ne m’a pas étépossible, vu la cause, de n’être pas affecté de cette épouvantablerévolution, qui, je n’en doute pas, a gagné toute l’Europe; mais