ANNÉE 1767. 265
mière m’a fait chérir le sien, sans me le faire connoître. Pour laseconde, en la lisant le cœur m’a battu, et j’ai reconnu ma chèreMarianne. J’espère qu’elle me connoit aussi.
A M. GUY,
Wootton, le 7 février 1767.
J’ai lu, monsieur, avec attendrissement l’ouvrage de mes dé-fenseurs (*), dont vous ne m’aviez point parlé. Il me semble quece n’étoit pas pour moi que leurs honorables noms dévoient êtreun secret, comme si l’on vouloit les dérober à ma reconnoissance.Je ne vous pardonnerais jamais surtout de m’avoir tu celui de ladame, si je ne l’eusse à l’instant deviné. C’est de ma part un bienpetit mérite : je n’ai pas assez d’amis capables de ce zèle et dece talent pour avoir pu m’y tromper. Voici une lettre pour elle,à laquelle je n’ose mettre son nom, à cause des risques que peu-vent courir mes lettres, mais où elle verra que je la reconnoisbien. Je vous charge, M. Guy, ou plutôt j'ose vous permettre, enla lui remettant, de vous mettre en mon nom à genoux devantelle, et de lui baiser la main droite, cette charmante main plusauguste que celle des impératrices et des reines, qui sait défendreet honorer si pleinement et si noblement l’innocence avilie. Je meflatte que j’aurois reconnu de même son digne collègue, si nousnous étions connus auparavant; mais je n’ai pas eu ce bonheur,et je ne sais si je dois m’en féliciter ou m’en plaindre, tant jetrouve noble et beau que la voix de l’équité s’élève eu ma faveur,du sein même des inconnus. Les éditeurs du factum de M. Humedisent qu’il abandonne sa cause au jugement des esprits droits etdes cœurs honnêtes : c’est là ce qu’eux et lui se garderont bien defaire, mais ce que je fais, moi, avec confiance, et qu’avec de pareilsdéfenseurs j’aurois fait avec succès. Cependant on a omis dansces deux pièces des choses très essentielles ; et on y a fait desméprises qu’on eut évitées si, m'avertissant à temps de ce qu’onvouloit faire, on m’eût demandé des éclaircissements. 11 est éton-nant que personne n’ait encore mis la question sous son vraipoint de vue ; il ne falloit que cela seul, et tout étoit dit.
Au reste, il est certain que la lettre que je vous écrivis a ététraduite par extraits faits, comme vous pouvez penser, dans les
(*; C'est le Précis ou Observations sur l'Exposé succinct dont il a été parlé dansla note précédente; ces Observa lions étoient suivies d'une lettre de madame*" (Latourîle Fram;uevillc) à l'auteur de la Justification de M. Rousseau.