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Tome huitième.
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année 1767. 269

pour son auteur, quel qu’il soit : mais n’étant plus capable d’at-tention sérieuse et de raisonnements suivis, je n’ose prononcersur la balance des avantages respectifs, et sur la solidité de l’ou-vrage qui en résultera; ce que je crois voir bien clairement, c’estqu’il vous offre, dans votre position , l’accommodement le meil-leur et le plus honorable que vous puissiez espérer. Je voudrais,tant ma passion de vous savoir pacifiés est vive, donner la moitiéde mon sang pour apprendre que cet accord a reçu sa sanction.Peut-être ne seroit-il pas à desirer que j'en fusse l’arbitre; jecraindrais que l’amour de la paix ne fût plus fort dans mon cœurque celui de la liberté. Mes bons amis, sentez-vous bien quellegloire ce serait pour vous de part et d’autre que ce saint et sincèreaccord fût votre propre ouvrage, sans aucun concours étranger?Au reste, n’attendez rien ni de l’Angleterre ni de personne quede vous seuls ; vos ressources sont toutes dans votre prudence etdans votre courage ; elles sont grandes, grâces au ciel.

.T’ai prié M. Du Peyrou de vous donner avis que le roi m’avoilgratifié d’une pension. Si jamais nous nous revoyons, je vous endirai davantage ; mais mon cœur, qui desire ardemment ce bon-heur, ne me le promet plus. Je suis trop malheureux en toute chosepour espérer plus aucun vrai plaisir en cette vie. Adieu, monami ; adieu, mes amis. Si votre liberté est exposée, vous avez dumoins l’avantage et la gloire de pouvoir la défendre et de la ré-clamer ouvertement. Je comtois des gens plus à plaindre que vous.Je vous embrasse.

A M. LE MARQUIS DE MIRABEAU.

vvootton, le S avril 1767.

Je différais, monsieur, de vous répondre, dans l’espoir dem'entretenir avec vous plus à mon aise quand je serais délivréde certaines distractions assez graves ; mais les découvertes que jefais journellement sur ma véritable situation les augmentent, etne me laissent plus guère espérer de les voir finir : ainsi, quelquedouce que me fût votre correspondance, il y faut renoncer aumoins pour un temps, à moins d’une mise aussi inégale dans laquantité que dans la valeur. Pour éclaircir un problème singulierqui m’occupe dans ce prétendu pays de liberté, je vais tenter, etbien à contre-cœur, un voyage de Londres. Si, contre mon at-tente, je l’exécute sans obstacle et sons accident, je vous écriraide là plus au long.