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Tome huitième.
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294 CORRESPONDANCE.

monsieur, qu’il y aurait quelque avantage a pouvoir se dispenser

d’en venir à cette extrémité.

Or on le peut, cl prudemment on le doit. Daignez m’écouter.Jusqu’à présent j’ai toujours pensé à laisser après moi des mé-moires qui missent au fait la postérité des vrais événements dema vie : je les ai commencés, déposés eu d’autres mains, et dés-ormais abandonnés. Ce dernier coup m’a fait sentir l’impossibi-lité d’exécuter ce dessein, et m’en a totalement ôté l’envie.

Je suis sans espoir, sans projet, sans désir même de rétablirma réputation détruite, pareeque je sais qu’après moi cela vien-dra de soi-même, et qu’il me faudrait des efforts immenses poury parvenir de mon vivant. Le découragement m’a gagné ; la douceamitié, l’amour du repos, sont les seules passions qui me restent,et je n’aspire qu’à finir paisiblement mes jours dans le sein d’unami. Je ne vois plus d'autre bonheur pour moi sur la terre ; et,quand j’aurois désormais à choisir, je sacrifierais tout à cct uni-que désir qui m’est resté.

Voilà, monsieur, l’homme qui vous propose de le laisser alleren paix, et qui vous engage sa foi, sa parole, tous les sentimentsd’honneur dont il fait profession, et toutes ces espérances sacréesqui font ici-bas la consolation des malheureux, que non seule-ment il abandonne pour toujours le projet d’écrire sa vie et sesmémoires, mais qu'il ne lui échappera jamais, ni de bouche, nipar écrit, un seul mot de plainte sur les malheurs qui lui sontarrivés en Angleterre ; qu’il ne parlera jamais de M. Hume, ouqu’il n’en parlera qu’avec honneur, et que, lorsqu’il sera presséde s'expliquer sur les plaintes indiscrètes qui, dans le fort de sespeines, lui sont quelquefois échappées, il les rejettera sans mys-tère sur son humeur aigrie, et portée à la défiance et aux om-brages, par des malheurs continuels. Je pourrais parler de la sorteavec vérité, n’ayant que trop d’injustes soupçons à me reprocherpar ce malheureux penchant, ouvrage de mes désastres, et quimaintenant y met le comble. Je m'engage solennellement à nejamais écrire quoi que ce puisse être, et sous quelque prétexteque ce soit, pour être imprimé ou publié, ni sous mon nom , nien anonyme, ni de mon vivant, ni après ma mort.

Vous trouverez, monsieur, ces promesses bien fortes; elles nele sont pas trop pour la détresse où je suis. Vous me demanderezdes garants pour leur exécution ; cela est est très juste : les voici ;je vous prie de les peser.