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Tome huitième.
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ANNÉE 1768. 341-

meilleures institutions humaines ont leurs défauts : la vôtre, ex-cellente à tant d’égards, a celui d’être une source éternelle de di-visions intestines. Des familles dominantes s’enorgueillissent,abusent de leur pouvoir, excitent la jalousie ; le peuple , sentantson droit, s’indigne d’être ainsi trainé dans la fange par ses égaux ;des tribunaux concurrents se chicanent, se contre-pointent ; desbrigues disposent des élections ; l’autorité et la liberté, dans unconfit perpétuel, portent leurs querelles jusqu’à la guerre civile :j’ai vu vos concitoyens armés s’entr’égorger dans vos murs ; en cemoment même, cette horrible catastrophe est prête à renaître ;et quand , dans vos plans de réforme , vous devriez , par desmoyens de concorde et de paix, par des établissements doux etsages, tâcher de couper la racine à ces maux , vous allez, commeà plaisir, les attiser, en excitant parmi vous de nouvelles animosi-tés, de nouvelles haines, par la plus dure de toutes les censures,,par l’inquisition du grabeau. Cela, messieurs, permettez-moi dele dire, n’est assurément pas bien pensé. Premièrement, le con-seil ne souffrira jamais un établissement trop humiliant pour defiers magistrats ; et quand ils le souffriraient, je dis, pour le biende la paix et de la patrie, il ne serait point à desirer qu’il eûtlieu. Loin d’établir de nouveaux grabeaux, vous feriez mieuxd’abolir ceux qui existent, mais qui, très heureusement, ne si-gnifiant rien du tout, peuvent rester sans danger.

Cela dit, je passe à mon sujet : il s’agit d’un gouvernementmixte, mais difficile à combiner, où le peuple soit libre sans êtremaître, et où le magistrat commande sans tyranniser. Le vicede votre constitution n’est pas de trop gêner la liberté du peuple ;au contraire, cette liberté légitime ne va que trop loin, et, quoiqu’on en puisse dire, il n’est pas bon que le conseil-général soitnécessaire à tout.

Mais le vice inhérent et fondamental est dans le défaut de ba-lance et d’équilibre dans les trois autres conseils' qui composentle gouvernement; ces trois conseils, dont deux sont à peu près-inutiles, sont si mal combinés, que leur force est en raison in-verse de leur autorité légale , et que l’inférieur domine tout : ilest impossible que ce vice reste, et que la machine puisse allerbien.

Ce qu’il y a d’heureux pourtant dans cette machine, qui nelaisse pas d’être admirable, est que cet important équilibre peuts’établir sans rien changer aux principales pièces ; tous les res-