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CORRESPONDANCE.
A M. DU FEYROU.
A Ti-ye, le 29 avril 176*.
Notre eorrespondauce , mon cher hôte, prend un tour si peuconsolant pour des cœurs attristés, qu’il faut du courage pourl’entretenir dans l’état où nous sommes ; et le courage qui donnedé l’activité n’a jamais été mon fort. Maintenant, prendre uneplume est presque au-dessus de mes forces : j’aimerois autantavoir la massue d’Hercule à manier. Ajoutez que l’état où m’ar-rivent vos lettres me fait voir qu’elles ont bien des inspecteursavant de me parvenir ; il en doit être à peu près de même desmiennes ; et tout cela n’est pas bien encourageant pour écrire.
L’état dans lequel vous vous sentez est vraiment cruel, d’au-tant plus que la cause n’en est pas claire, et qu’il n’est pas clairnon plus, selon moi, lequel des deux a le plus besoin de traite-ment de la tête ou du corps. Depuis ce qui s'est passé ici durantvotre maladie et durant votre convalescence; depuis que je vousai vu faire à la hâte votre testament, et vous presser de mettreordre à vos affaires, tandis que vous vous rétablissiez à vue d’œil ;depuis la singulière façon dont je vous ai vu traiter en toute choseavec celui qui n’avoit que vous d’ami sur la terre, qui n’avoit deconfiance qu’en vous seul, qui n’aimoit encore la vie que pour lapasser avec vous, avec celui enfin dont vous étiez la dernière etla seule espérance, je vous avoue qu’en résumant tout cela, jeme trouve forcé de conclure de deux choses l’une , ou que danstous les temps j’ai mal connu votre cœur, ou qu’il s’est fait deterribles changements dans votre tète : comme la dernière opi-nion est plus honnête et plus vraisemblable, je m’y tiens, et celaposé, je ne puis m’empêcher de croire que cette tête un peu tra-cassée a une très grande part dans le dérangement de votre ma-chine; et, si cela est, je tiens votre mal incurable, parcequ’uneame aussi peu expansive que la vôtre ne peut trouver au-deliorsaucun remède au mal qu’elle se fait à soi-même. Il se peut trèsbien, par exemple, que l’affoiblissement de votre vue ne soit quetrop réel, et qu’à force d’avoir voulu rétablir vos oreilles, vousayez nui à vos yeux. Cependant, si j’étois près de vous, je vou-drois, par une inspection scrupuleuse de vos yeux, et surtout dugauche, voir si quelque altération extérieure annonce celle quevous sentez ; et je vous avoue que si je n’apercevois rien au-de-