ANNÉE 1768. g-j J
prie instamment et positivement de faire. Si vous voyez enfinquelque moyen de vous rembourser de vos avances sur le fondsqui est entre vos mains, que je n’entende plus parler de ces mal-heureux papiers, je vous en supplie ; que je n’aie plus d’autre soinque de m’armer contre les maux que l’on me destine encore, etque de chercher à mourir en paix, si je puis. Amen.
Le tour qu’ont pris vos affaires publiques m’afflige, mais neme surprend point. J’ai vu depuis long-temps, et je vous le disici dès votre arrivée, que le pays où vous êtes 11e servoit que deprétexte à de plus grands projets, et c’est ce qui doit, en quelquefaçon, consoler ceux qui l’habitent; car, de quelque manière qu’ilsse fussent conduits, l’événement eût été le même, et il n’en se-roit arrivé ni plus ni moins. Vous avez eu le projet d’en sortir ; jecrois que ce projet seroit bon à exécuter, à tout risque, si vous ai-mez la tranquillité. Je sais que la bonne maman n’en sortiroitpas sans peine ; mais il y a eu déjà des spectacles qui devroientaider à la déterminer. Je regretterais pour elle et pour vous vo-tre maison, ce beau lac, votre jardin ; mais la paix vaut mieuxque tout ; et je sais cela mieux que personne, moi qui fais toutpour elle, et qui ne me rebute pas même par l’impossibilité cer-taine de l’obtenir.
A propos de jardin, avez-vous fait semer dans le vôtre magraine d ’apocyn? J’en ai fait semer et soigner ici sur couche etsous cloche, et j’ai eu toutes les peines du monde d’en sauverquelques pieds qui languissent ; je crains qu’il n’en vienne aucunàbien. Je n’aurois jamais cru cette plante si difficile à cultiver. Enrevanche, j’ai semé dans le petit jardin du carihamus lanalus quivient à merveille, des medicago scutellatci et intertexia, qui sontdéjà en fleurs, et dont je compte chaque jour les brins, les poils,les feuilles, avec des ravissements toujours nouveaux. Je suis oc-cupé maintenant à mettre en ordre un très bel herbier dont unjeune homme est venu ici me faire présent, et qui contient untrès grand nombre de plantes étrangères et rares, parfaitementbelles et bien conservées. Je travaille à y fondre mon petit her-bier que vous avez vu, et dont la misère fait mieux ressortir lamagnificence de l'autre. Le tout forme dix grands cartons ou vo-lumes in-folio, qui contiennent euviron quinze cents plantes, prèsde deux mille en comptant les variétés. J’y ai fait faire une bellecaisse, pour pouvoir l’emporter partout commodément avec moi;Ce sera désormais mon unique bibliothèque; et, pourvu qu’on ne