ANNÉE 1T68. 373
force d’affecter mon cœur altéroient ma tète, m’a fait prendre leparti de chercher, dans un peu de voyages et d’herborisations,les amusements et distractions dont j’avois besoin ; et le patronde la case ayant approuvé cette idée, je l’ai suivie : j’apporte avecmoi mon herbier, et quelques livres avec lesquels je me proposede faire quelques pèlerinages de botanique. Je souhaiterais, moncher hôte, que la relation de mes trouvailles pût contribuer àvous amuser; j’en aurais encore plus de plaisir à les faire. Jevous dirai, par exemple, qu’étant allé hier voir madame Boy deLa Tour à sa campagne, j’ai trouvé dans sa vigne beaucoup d’a-ristoloche , que je n’avois jamais vue, et qu’au premier coupd’œil j’ai reconnue avec transport.
Adieu, mon cher hôte : je vous embrasse, et j’attends dansvotre première lettre de bonnes nouvelles de vos yeux.
AU MÊME.
Lyon, le 6 juillet 1768.
Je comptois, mon cher hôte, vous accuser la réception de vo-tre réponse par ma bonne amie madame Boy de La Tour; maisje n’ai pu trouver un moment pour vous écrire avant son départ;et même à présent, prêt à partir pour aller herboriser à la grandeChartreuse , avec belle et bonne compagnie botaniste, que j’aitrouvée et recrutée en ce pays, je n'ai que le temps de vous en-voyer un petit bonjour à la hâte.
Mademoiselle Renou a reçu à Trye beaucoup de lettres pourmoi, parmi lesquelles je ne doute point que celle que vous m’é-criviez ne se trouve ; mais comme le paquet est un peu gros, etque j attends l’occasion de le faire venir, s’il y a dans ce que vousme marquiez quelque chose qui presse, vous ferez bien de me lerépéter ici. Si, comme je le désirais, et comme je le desire en-core, vous avez pris le parti de brûler tous mes livres et papiers,j’en suis, je vous jure, dans la joie de mon cœur : mais si vousles avez conservés, il y en a quelques uns, je l’avoue, que je neserais pas fâché de revoir, pour remplir, par un peu de distrac-tion, les mauvais jours d’hiver, où mon état et la saison m’em-pêchent d’herboriser ; celui surtout qui m’intéresserait le plusserait le commencement du roman intitulé Émile et Sophie , oules Solitaires. Je conserve pour cette entreprise un foiblequejene combats pas, parceque j’y trouverais au contraire un spéci-
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