374 CORRESPONDANCE.
fique utile pour occuper mes moments perdus, sons rien mêler àcette occupation qui me rappelât les souvenirs de mes malheurs,ni de rien qui s’y rapporte. Si ce fragment vous tomboit sous lamain, et que vous pussiez me l’envoyer, soit le brouillon, soit lacopie, par le retour de madame Boy de La Tour, cet envoi, jel’avoue, me feroit un vrai plaisir.
Comment va la goutte, comment va l’œil gauche? S’il n’empirepas, il guérira ; et je vois avec grand plaisir, par vos lettres, qu’ilva sensiblement mieux. Mou cher hôte, que n’avez-vous en goûtmodéré le quart de ma passion pour les plantes ! Votre plus grandmal est ce goût solitaire et casanier, qui vous fait croire être horsd’état de faire de l’exercice. Je vous promets que, si vous vousmettiez tout de bon à vouloir faire un herbier, la fantaisie de faireun testament ne vous occuperait plus guère. Que n’êtes-vous desnôtres ! vous trouveriez dans notre guide et chef, M. de La Tou-rette, un botaniste aussi savant qu’aimable, qui vous feroit aimerles sciences qu’il cultive. J’en dis autant de M. l’abbé Rosier ; etvous trouveriez dans M. l’abbé de Grange-Blanche, et dans votrehôte, deux condisciples plus zélés qu’instruits, dont l’ignoranceauprès de leurs maîtres mettrait souvent à l’aise votre amour-propre.
Adieu, mon cher hôte : nous partons demain dans le mêmecarrosse tous les quatre, et nous n’avons pas plus de temps qu’ilne nous en faut le reste de la journée, pour rassembler assez deporte-feuilles et de papiers pour l’immense collection que nous al-lons faire. Nous ne laisserons rien à moissonner après nous. Jevous rendrai compte de nos travaux. Je vous embrasse. Vouspouvez continuera m’écrire chez M. Boy de La Tour.
A MADEMOISELLE LE VASSEUR,
scus le nom de mademoiselle Renou.
Grenoble, ce 23 juillet, à trois heures du matin, 1768.
Bans une heure d’ici, chère amie, je partirai pour Chambéry,muni de bons passe-ports et de la protection des puissances, maisnon pas du sauf-conduit des philosophes que vous savez. Si monx'oyage se fait heureusement, je compte être ici de retour avantlà fin de la semaine, et je vous écrirai sur-le-champ. Si vous nerecevez pas dans huit jours de mes nouvelles, n’en attendez plus,et disposez de vous à l’aide des protections en qui vous savez que