384 CORRESPONDANCE,
a été châtié ou bien censuré : point du tout ; l’affaire est encore là,et ledit Thevenin, conseillé par ceux qui l’ont aposté, se retrancheà dire qu’il a peut-être pris un autre M. Rousseau pour J.-J. Rous-seau, et persiste à soutenir avoir prêté la somme à un homme dece nom, se tirant d’affaire, je ne sais comment, au sujet des lettresde recommandation : de sorte qu’il ne me reste d’autre moyenpour le confondre que d’aller moi-même à Grenoble me confron-ter avec lui ; encore ma mémoire trompeuse et vacillante peut-elle souvent m’abuser sur les faits. Les seuls ici qui me sont cer-tains est de n’avoir jamais connu ni Thevenin ni Janin ; de n’avoirjamais voyagé ni mangé avec eux ; de n’avoir jamais écrit àM. Aldiman ; de n’avoir jamais emprunté de l’argent, ni peu nibeaucoup, de personne durant mon séjour à Neuchâtel; je necrois pas non plus avoir jamais écrit à M. de Faugnes, surtoutpour lui recommander quelqu’un ; ni jamais avoir signé le Voya-geur perpétuel; ni jamais avoir couché aux Verrières, quoiqu’ilue me soit pas possible de me rappeler où nous couchâmes en re-venant dePontarlier avec Sauttersheim, dit le Baron; car en al-lant je me souviens parfaitement que nous n’y couchâmes pas. Jevous fais tous ces détails, mon cher hôte, afin que si, par vos amis,vous pouvez avoir quelque éclaircissement sur tous ces faits, vousme rendiez le bon office de m’en faire part le plus tôt qu’il serapossible. J’écris par ce même courrier à M. du Terreau , mairedes Verrières, àM. Breguet, à M. Guynet, lieutenant du Val-de-Travers, mais sans leur faire aucun détail ; vous aurez la bontéd’y suppléer , s’il est nécessaire , par ceux de cette lettre. Vouspouvez m’écrire ici en droiture; mais si vous avez des éclaircisse-ments intéressants à me donner, vous ferez bien de me les envoyerpar duplicata, sous enveloppe, à l’adresse de M. le comte de Ton-nerre , lieutenant-général des armées du roi, commandant poursa majesté en Dauphiné, à Grenoble. Vous pourrez même m’é-crire à l’ordinaire sous son couvert : mes lettres me parviendrontplus lentement, mais plus sûrement qu’en droiture.
J’espère qu’on est tranquille à présent daus votre pays. Puissele ciel accorder à tous les hommes la paix qu’ils ne veulent pasme laisser! Adieu, mon cher hôte; je vous embrasse.