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Tome huitième.
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ANiréB 1768. 301

commença d’ameutev le peuple contre ce pauvre Jean-Jacques,et qu’on le faisoit lapider jusque dans son lit, Janin auroit fait safortune avec cette histoire; son cabaret n’auroit pas désempli.Thevenin fait bien de la conter à Grenoble; mais s’il l'osoit conterà Saint-Sulpice ou aux Verrières, et dans tout le pays où cemême Jean-Jacques a pourtant reçu tant d’outrages, et qu’ildit qu’elle le regarde, je suis sûr que les habitants luicracheroientau nez.

Préjugés vrais ou faux à part, passons aux preuves, et permet-tez, monsieur le comte, que nous examinions un peu le rapportde notre homme, et que nous voyions s’il se peut rapporter àmoi.

Le sieur Thevenin fit connoissance avec ledit Rousseau auxVerrières, et ils y demeurèrent ensemble deux ou trois jours, logéschez Janin. J’ai demeuré long-temps à Motiers sans aller aux Verriè-res, et je n’y ai jamais été qu’une seule fois, allant à Pontarlieravec M. de Sauttersheim, dit, dans le pays, le baron Sautera.Je n’y couchai point en allant, j’en suis très sûr ; je suis très per-suadé que je n’y couchai point en revenant, quoique je n’en soispas sûr demême ; mais si j’y couchai, ce fut sans y séjourner, etsans quitter le baron. Thevenin dit cependant que son hommeétoit seul. Ma mémoire affoiblie me sert mal sur les faits récents ;mais il en est sur lesquels elle ne peut me tromper ; et je suis aussisur de n’avoir jamais séjourné, ni peu, ni beaucoup, aux Verriè-res, que je suis sûr de n’avoir jamais été à Pékin.

Je ne suis donc pas l’homme qui resta deux ou trois jours auxVerrières, à contempler les génuflexions du dévot Thevenin.

Je ne peux guère être, non plus, celui qui lui demanda de l’ar-gent à emprunter aux mêmes Verrières, parceque , outre M. duTerreau, maire du lieu, j’y connoissois beaucoup un M. Breguet,très galant homme, qui m’auroit fourni tout l’argent dont j’auroiseu besoin, et avec lequel j’ai eu bien des querelles pour n’avoirpu tenir la promesse que je lui avois faite de l’y aller voir. Sij’avois logé là seul, c’eût été chez lui, selon toute apparence,et non pas chez le sieur Janin, surtout quand j’aurois été sans ar-gent.

Je ne suis point l'homme à l’habit gris doublé de bleu ou devert, parceque je n’en ai jamais porté de pareil durant tout monséjour en Suisse : je n’y ai jamais voyagé qu’en habit d’Arménien,qui sûrement n’étoit doublé ni de vert ni de bleu. Thevenin