392 C0BBBSP0NDANCB.
ne se souvient pas si son homme avoit ses cheveux ou la per-ruque , s’il portoit son chapeau sur la tête ou sous le bras ; unArménien ne porte point de chapeau du tout, et son équipage esttrop remarquable pour qu'on en perde totalement le souvenir,après avoir demeuré trois jours avec lui, et après l’avoir vu dansla chambre et en voyage, par devant, par derrière, et de toutesles façons.
Je ne suis point l’homme qui a donné au sieur Thevenin unelettre de recommandation pour M. de Faugnes , que je ne con-noissois pas même encore quand ledit Thevenin alla à Yverdun ;et je ne suis point l’homme qui lui a donné une lettre de recom-mandation pour M. Aidiraan, que je n’ai connu de ma vie, et queje ne crois pas même avoir été de retour d’Italie à Yverdun sousla même date (').
Je ne suis point l’homme qui a donné au sieur Thevenin unelettre de recommandation pour Paris, signée le Voyageur perpé-tuel. Je ne crois pas avoir jamais employé cette plate signature;et je suis parfaitement sûr de n’avoir pu l’employer à l’époquede ma prétendue rencontre avec Thevenin ; car cette lettre de-vant être antérieure à l’arrivée dudit Thevenin à Yverdun , dutl’être, à plus forte raison, à son départ de la même ville. Or,même en ce temps-là je ne pouvois signer le Voyageur perpé-tuel avec une apparence de vérité d’aucune espèce ; car durantl’espace de dix-huit ans, depuis mon retour d’Italie à Paris, jus-qu’à mon départ pour la Suisse, je n’avois fait qu’un seul voyage ;et il est absurde de donner le nom de Voyageur perpétuel à unhomme qui ne fait qu’un voyage en dix-huit ans. Depuis la datede mon arrivée à Motiers jusqu’à celle du départ de Thevenind’Yverdun , je n’avois fait encore aucune promenade dans lepays qui pût porter le nom de voyage. Ainsi cette signature, anmoment que Thevenin la suppose, eût été non seulement plate etsotte, mais fausse en tous sens, et de toute fausseté.
Il n’est pas non plus fort aisé, de croire que je sois le mêmeRousseau dont Thevenin n’a plus oui parler durant tout sonséjour en Suisse, puisqu’on n’y parloit que de cet hommeinfernal, qui osoit croire en Dieu sans croire aux miracles, con-tre lequel les prédicants prêchoient avec le plus saint zèle, etqu’ils nommoient hautement VAntéchrist. Je suis sûr qu’il n’y
O J'ai appris seulement depuis quelques jours que le secrétaire baillival d'Yvcrduns’appeloit aussi M. Aldiman.