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Tome huitième.
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ANNÉE 1768. 393

avoit pas, dans toute la Suisse , un honnête chamoiseur qui n’é-difiât son quartier en m’y maudissant saintement mille fois lejour -, et je crois que le bénin Thevenin n’étoit pas des derniers às’acquitter de cette bonne œuvre. Mais , sans rien conclure detout cela, je finis par ma preuve péremptoire.

Je ne suis point l'homme qui a pu se trouver aux Verrièreset à Saint-Sulpice avec le sieur Thevenin, quand, venant de LaCharité-sur-Loire , il alloit à Yverdun ; car il n’a pu passer auxVerrières plus tard que l’été de 1761 , puisque le 30 juillet 1763,il y avoit environ deux ans qu’il demeuroit chez le sieur Cuche,et probablement davantage qu’il demeuroit à Yverdun. Or, auvu et au su de toute la France, j’ai passé l’année entière de 1761,et la moitié de la suivante, tranquille à Montmorency ; je nepouvois donc pas, dès l’année précédente, avoir couru les caba-rets aux Verrières et à Saint-Sulpice. Ajoutez, je vous supplie,qu’arrivant en Suisse, je n’allai pas tout de suite à Motiers ; ajou-tez encore qu’arrivé à Motiers, et tout occupé jusqu’à l’hiver demon établissement ; je ne fis aucun voyage du reste de l’année,ni bien avant dans la seconde. Selon Thevenin, notre rencontre,a dû se faire avant qu’il allât à Yverdun ; et, selon la vérité ,il étoit déjà parti de cette ville quand je fis mon premier et uni-que voyage aux Verrières : je n’étois donc pas l’homme por-tant le nom de Rousseau qu’il y rencontra : c’est ce que j’avoisà prouver.

Quel étoit cet homme? je l’ignore : ce que je sais , c’est que,pour que led.t Thevenin ne soit pas un imposteur , il faut queeet autre homme se trouve , c’est-à-dire que son existence soitconnue sur les lieux ; il faut qu’il s’y soit trouvé dans l’année1761 , qu’il s’appelât Rousseau, qu’il eût un habit gris doubléde vert ou de bleu, qu’il ait écrit des lettres à MM. de Faugneset Aldiman, qui par conséquent étoient de sa connoissance ; qu’ilait écrit une autre lettre à Paris signée le Voyageur perpétuel ;qu’après avoir passé deux jours avec Thevenin aux Verrières ,ils aient encore été de compagnie à Saint-Sulpice avec Janin leurhôte , et qu’après y avoir dîné tous trois ensemble , ledit Theve-nin ait fait donner audit Rousseau neuf francs par ledit Janin.La vérification de tous ces faits gît en informations , que je nesuis point en’état de faire, et qui ne m’intéressent en aucune sorte,si ce n’est pour prouver ce que je sais bien sans cela, savoir,que ledit Thevenin est un imposteur aposté. J’ai pourtant éent