408 CORRESPONDANCE.
donner en cette occasion, pour confondre l’imposture; et je suisen particulier très sensible à l’activité de M. Guyenet, dont jen’avois pas le même droit d’en attendre, et avec qui je n’étoisplus en relation. J’apprends qu’il commence à se ranger, et (em’en réjouis de tout mon cœur, pour le bonheur de son excel-lente petite femme et le sien. Je finis, mon cher hôte, un peu à lahâte, en vous embrassant au nom de ma femme et au mien.
J’embrasse M. Jeannin.
A M. LALIAUD.
Rourgoin, le 2 novembi-e 1768.
Depuis la dernière lettre, monsieur, que je vous ai écrite etdont je n’ai pas encore la réponse, j’ai reçu de M. le duc de Choi-seul un passe-port que je lui avois demandé pour sortir du royaumeil y a près de six semaines, et auquel je ne songeois plus. Mesentant de plus en plus dans l’absolue nécessité de me servir dece passe-port, j’ai délibéré, dans la cruelle extrémité où je metrouve, et dans la saison où nous sommes, sur l’usage que j’enferoîs, ne voulant ni ne pouvant le laisser écouler comme l’autreTous serez étonné du résultat de ma délibération, faite pourtantavec tout le poids, tout le sang-froid, toute la réflexion dont jesuis capable : c’est de retourner en Angleterre, et d’y aller finirmes jours dans ma solitude de Wootton. Je crois cette résolutionla plus sage que j’aie prise en ma vie, et j’ai, pour un des garantsde sa solidité, l’horreur qu’il m’a fallu surmonter pour la pren-dre, et telle qu’en cet instant même je n’y puis penser sans fré-mir. Je ne puis, monsieur, vous en dire davantage dans une let-tre; mais mon parti est pris, et je m’y sens inébranlable, à pro-portion de ce qu’il m’en a coûté pour le prendre. Voici une lettrequi s’y rapporte, et à laquelle je vous prie de vouloir bien don-ner cours. J’écris à M. l’ambassadeur d’Angleterre, mais je nesais s’il est à Paris.Tous m’obligeriez de vouloir bien vous en in-former ; et, si vous pouviez même parvenir à savoir s’il a reçuma lettre, vous feriez une bonne œuvre de m’en donner avis- car,tandis que j’attends ici sa réponse, mon passe-port s’écoule, et letemps est précieux. Vous êtes trop clairvoyant pour ne pas sen-tir combien il m’importe que la résolution que je vous commu-nique demeure secrète sans exception : toutefois je n’exige riende vous que ce que la prudence et votre amitié en exigeront. Si