Band 
Tome huitième.
Seite
424
JPEG-Download
 

4 24

CORRESPONDANCE.

A MADAME LA PRÉSIDENTE DE VERNA.

Bourgoin, le 2 décembre 1768.

Laissons à part, madame, je vous supplie, les livres et leursauteurs. Je suis si sensible à votre obligeante invitation, que sima santé me permettait de faire en cette saison des voyages deplaisir, j’en ferois un bien volontiers pour aller vous remercier.Ce que vous avez la bonté de me dire, madame, des étangs et desmontagnes de votre contrée, ajouterait à mon empressement,mais n’en serait pas la première cause. On dit que la grotte de la>Bal me est de vos côtés; c’est encore un objet de promenade etmême d'habitation, si je pouvois m’en pratiquer une dont lesfourbes et les chauves-souris n’approchassent pas. A l’égard del’étude des plantes, permettez, madame, que je la fasse en na-turaliste , et non pas en apothicaire : car, outre que je n’ai qu’unefoi très médiocre à la médecine, je connois l’organisation desplantes sur la foi de la nature, qui ne ment point, et je neconnois leurs vertus médicinales que sur la foi des hommes, quisont menteurs. Je ne suis pas d’humeur à les croire sur leur pa-role, ni à portée de la vérifier. Ainsi, quant à moi, j’aime centfois mieux voir dans l’émail des prés des guirlandes pour les ber-gères, que des herbes pour les lavements. Puissé-je, madame,aussitôt que le printemps ramènera la verdure, aller faire dansvos cantons des herborisations qui ne pourront qu’être abondanteset brillantes, si je juge par les fleurs que répand votre plume, decelles qui doivent naître autour de vous (*). Agréez, madame, etfaites agréer à M. le président, je vous supplie, les assurances detout mon respect.

Renou.

A M. LALIAUD.

Bourgoin, ce 7 décembre 1768.

Voici, monsieur, une lettre à laquelle je vous prie de vouloirbien donner cours : elle est pour M. Davenport, qui m’a écrit

(*) Certes on prendrait une étrange idée du style épistolaire de notre auteur, siTon n’en jugeoit que sur cette pensée, qu’on croiroit extraite de Voiture ou de quelqueautre écrivain du même genre. Nous pouvons affirmer qu’on ne trouveroit pas danstoutes les lettres de Rousseau un second trait à comparer à celui-ci: tant il est vraiqu’il ne fautpas plus juger du style et de la manière d’un auteur sur un passage de sesécrits, que de son caractère et de son mérite personnel sur un propos qui lui seroitéchappé.