ANNÉE 1768. 425,
trop honnêtement pour que je puisse me dispenser de lui donneravis que j'ai changé de résolution. J'espère que ma précédente avecl’incluse vous sera bien parvenue, et j’en attends la réponse au pre-mier jour. Je suis assez content de mon état présent ; je passe en-tre mon Tasse et mon herbier des heures assez rapides pour mefaire sentir combien il est ridicule de donuer tant d’importance àune existence aussi fugitive : j’attends sans impatience que lamienne soit fixée : elle l’est par tout ce qui dépendoit de moi ; lereste, qui devient tous les jours moindre, est à la merci de la na-ture et des hommes; ce n’est plus la peine de le leur disputer.J’aimerois assez à passer ce reste dans la grotte de la Balme, siles chauves-souris ne l’empuantissoient pas : il faudra que nousl’allions voir ensemble quand vous passerez par ici. Je vous em-brasse de tout mon cœur.
A M. MOULTOU.
Bourgoin.le 12 décembre 176S.
Quoi! monsieur, c’est à M. Q....t qu’on s’est adressé ; c’est à luiqu’ont été envoyés les extraits des lettres que je vous avois écritesdans la confidence de l’amitié ; et ce seroit sous les auspices del’homme qui m’achassédu château de Trye malgré son maître, quej’irois habiter celui de Lavagnac? Vraiment, mon ami, vous avezopéré là de belles choses ! Mais n’en parlons plus ; ce n’est pasvotre faute : vous ne saviez ni ce qu’étoit M. Q....t, ni ce quefaisoitM. M....x; mais vous ne deviez pas, me semble, être sifacile à donner les extraits des lettres de votre ami. Le plus grandmal de tout ceci est que j’ai trouvé de mon côté le moyen d’é-crire au prince et de lui faire passer ma lettre. Si son altesse agréeque j’aille à Lavagnac, comment ferai-je pour m’en dédire, aprèsle lui avoir demandé? ou à quelle destinée dois-je m’attendre,si j'ose aller me livrer à des gens sur qui Q,.. .t a de l’influence?Ce qu’il y a de sûr est qu’il n’y a rien à quoi je ne m’expose plu-tôt qu’à la disgrâce du prince, et surtout à la mériter : ainsi, s’ilapprouve que j’aille à Lavagnac, je suis déterminé à m’y rendreà tout risque, quoique assurément le destin qu’on m’y préparene puisse être pire que celui auquel je m’attends. Mais que j’é-crive à M. Q... -t, moi ! Mon ami, le riche Dauphinois et le célèbreGenevois ne sont point faits pour s’écrire l’un à l’autre, et ne s’é-criront jamais, je vous en réponds.