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CORRESPONDANCE.
Je suis vivement touché du zèle et des bontés de M. Venel : jene lui écris pas, parcequ’il m’est très pénible d’écrire, maisj’ai lecœur plein de lui : si j’allois àLavagnac, l’avantage d’être auprèsde lui me pourrait consoler et dédommager de beaucoup de cho-ses ; mais je vous avoue que l’idée d’être au pouvoir du sieurQ....t méfait frémir. Ce qu'il y a de bizarre est que je ne connoispoint du tout cet homme-là, que je n’ai jamais eu nulle affaireavec lui, nulle sorte de liaison; que je ne l’ai même jamais vu, queje sache. Il me hait, comme tous mes autres ennemis, sans avoirà se plaindre de moi en aucune sorte, et uniquement parcequ’ilsont tous des cœurs faits pour goûter un plaisir sensible à haïr ettourmenter les infortunés. Au reste, vous vous doutez bien qu’uncourtisan aussi délié que M. Q....t se garde bien d'avouer sahaine : il suit encore en cela les mêmes errements des autres ; et,pour mieux servir sa haine, il a grand soin de la cacher.
Je vous renvoie ci-jointe la lettre de votre ami, j’en suis péné-tré : si je dépendois de moi, je ne tarderais guère à aller lui de-mander ses directions et profiter de ses soins généreux : il nedépendra même pas de moi que cela n’arrive ; mais ceux qui dis-posent de moi règlent ma marche comme Dieu celle de la mer :Procédés hue, et non ibis amplius. Adieu, cher Moultou : je nesais ce qu’il arrivera de moi. Je vois que je soupire en vain aprèsle repos qu’on ne veut pas m’accorder ; mais ce qu’on ne m’ô-tera pas du moins, quoi qu’il arrive, c’est le plaisir de vous aimerjusqu’à mon dernier soupir.
Je vois par ce que M. votre ami vous dit de son herbier, et dece qu’il se propose d’y joindre, que ce n’est pas tout-à-fait ce quej’avois imaginé sur votre expression. Vous m’aviez annoncé desplantes marines : les plantes marines sont des/«eus qui viennentdans la mer; et je présume par sa lettre que ce sont seulementdes plantes maritimes qui viennent sur les rivages ; c’est autrechose : mais n’importe, l’un ou l’autre présent me sera toujourstrès précieux.
Je vois que madame Moultou a été malade : vous ne m’en aviezrien dit; vous aviez tort : l’amitié est un sentiment si doux,qu’elle donne même une sorte de plaisir à partager les peines denos amis, et vous m’avez ravi ce plaisir-là. 11 est vrai que je luipréfère celui de partager maintenant votre joie. Mille respects dema part et de celle de ma femme à votre chère convalescente, etprenez-en votre part.