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Tome huitième.
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ANNÉE 1768.

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A M. DU PEYROÜ.

Bourgoin,le 19 décembre 1768.

Ce que vous me marquez de la fin de vos brouilleries avec lacour me fait grand plaisir ; et j’en augure que vous pourrez en-core vivre agréablement où vous êtes, et où vous êtes retenu pardes liens d’attachement qu’il n’est pas dans votre cœur de rompreaisément. Il me semble que le roi se conduit réellement en trèsgrand roi, lorsqu’il veut premièrement être le maître, et puis êtrejuste. Vous penserez qu’il seroit plus grand et plus beau de vou-loir transposer cet ordre : cela peut être ; mais cela est au-dessusde l’humanité, et c’est bien assez, pour honorer le génie et l’amedu plus grand prince, que le premier article ne lui fasse pas né-gliger l’autre. Si Frédéric ratifie le rétablissement de tous vosprivilèges, comme je l’espère, il aura mérité de vous le plus beléloge que puisse mériter un souverain, et qui l’approche de Dieumême, celui qu’Armide faisoit de Godefroi de Bouillon :

Tu, cui concesse il cielo e diel’ ti il Cto,

Voler il giusto, e potev c'ù che vuoi.

Je m’imagine que si les députés, qu’en pareil cas vous lui en-verrez probablement pour le remercier, lui récitoient ces deuxvers pour toute harangue, ils ne seroient pas mal reçus.

Je suis bien touché de la commission que vous avez donnée àGagnebin : voilà vraiment un soin d’amitié, un soin de ceux aux-quels je serai toujours sensible, pareequ’ils sont choisis selonmon cœur et selon mon goût. Je dois certainement ma vie auxplantes : ce n’est pas ce que je leur dois de bon, mais jeteur doisd’en couler encore avec agrément quelques intervalles au milieudes amertumes dont elle est inondée : tant que j’herborise, je liesuis pas malheureux ; et je vous réponds que, si l’on me laissoitfaire, je ne cesserais tout le reste de ma vie d’herboriser du matinau soir. Au reste, j’aime mieux que le recueil de M. Gagnebinsoit très petit, et qu’il ne soit pas composé de plantes communesqu'on trouve partout : je ne vous dissimulerai même pas que j’aidéjà beaucoup de plantes alpines, et des plus rares ; cependant,comme il y en a encore un très grand nombre qui me manquent,je ne doute pas qu’il ne s’en trouve dans votre envoi qui me ferontgrand plaisir par elles-mêmes, outre celui de les recevoir de vous,far exemple, quoique je sois assez riche en gentianes, ily en a