année 1T68. 420
«toit simple -, rien de la pretintaille fraueoise ; encore plus de sens([ue d’esprit ; un goût sain, formé par la bonté de son cœur; destalents assez pour parer une solitude, et un naturel fait pour rai-mer avec un ami : c’étoit mon homme; la Providence me l’a ôté ;les hommes m’ont ôté la jouissance de tout ce qui dépendoit d’eux;ils me vendent jusqu’à la petite mesure d’air qu’ils permettentque je respire : il ne me restoit qu’une espérance illusoire, il uem’en reste plus du tout. Sans doute le ciel me trouve digne de ti-rer de moi seul toutes mes ressources, puisqu’il ne m’en resteplus aucune autre. Je sens que la perte de ce pauvre garçon m’af-fecte plus à proportion qu'aucun de mes autres malheurs. Il fal-loit qu’il y eût une sympathie bien forte entre lui et moi, puisqueayant déjà appris à me mettre en garde contre les empressés, jele reçus à bras ouverts sitôt qu’il se présenta; et dès les premiersjours de notre liaison , elle fut intime. Je me souviens que, dansce même temps, on m’écrivit de Genève, que e’étoit un espionaposté pour tâcher de m’attirer en France, ou l’on vouloit, disoitla lettre, me faire un mauvais parti. Là-dessus je proposai àSauttersheim un voyage à Pontarlier, sans lui parler de ma lettre:il y consent ; nous partons. En arrivant à Pontarlier, je l’embrasseavec transport, et puis je lui montre la lettre : il la lit sans s’é-mouvoir ; nous nous embrassons derechef, et nos larmes coulent.J’en verse derechef en me rappelant ce délicieux moment. J’aifait avec lui plusieurs petits voyages pédestres ; je commençoisd’herboriser, il prenoit le même goût ; nous allions voir milordmaréchal, qui, sachant que je l’aimois, le recevoit bien, et leprit bientôt en amitié lui-même. Il avoit raison. Sauttersheim étoitaimable ; mais son mérite ne pouvoit être senti que des gensbien nés; il glissoit sur tous les autres. La génération dans laquelleil a vécu n’étoit pas faite pour le connoître : aussi n’a-t-ii rien pufaire à Paris ni ailleurs. Le ciel l'a retiré du milieu des hommes - ,où il étoit étranger; mais pourquoi m’y a-t-il laissé?
Pardon , monsieur ; mais vous aimiez ce pauvre garçon , et jesais que l’effusion de mon attachement et de mon regret ne peutvous déplaire. Je suis sensible à la peine que vous avez bien vouluprendre en ma faveur auprès de M. le prince de Conti ; mais vousen avez été bien payé par le plaisir de converser avec le plus ai-mable et le plus généreux des hommes, qui sûrement eût aimé elfavorisé notre pauvre Sauttersheim s’il l’avoit connu. Je vois, parce que vous me marquez de ses nouvelles bontés pour moi. qu’el-