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Tome huitième.
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ANNÉE 17(59.

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\ous en conjure, et permettez que je vous cite un auteur qui nevous sera pas suspect, celui des Pensées philosophiques (*).Qu’un homme vienne vous dire que, projetant au hasard unemultitude de caractères d'imprimerie, il a vu l’Énéide tout ar-rangée résulter de ce jet : convenez qu’au lieu d’aller vérifiercette merveille vous lui répondrez froidement : Monsieur, celan’est pas impossible, mais vous mentez. En vertu de quoi, je vousprie, lui répondrez-vous ainsi?

Eh! qui ne sait que, sans le sentiment interne, il ne resteroitbientôt plus de traces de vérité sur la terre, que nous serions toussuccessivement le jouet des opinions les plus monstrueuses, à me-sure que ceux qui les soutiendroient auraient plus de génie,d’adresse et d’esprit, et qu’enfin, réduits à rougir de notre rai-son même, nous ne saurions bientôt plus que croire ni quepenser?

Maisles'objections.Sans doute qu’il y en a d’insolubles pour

nous, et beaucoup, je le sais ; mais, encore un coup, donnez-moiun système où il n’y en ait pas, ou dites-moi comment je dois medéterminer. Bien plus, par la nature de mon système, pourvuque mes preuves directes soient bien établies, les difficultés nedoivent pas m’arrêter, vu l’impossibilité où je suis , moi êtremixte, de raisonner exactement sur les esprits purs et d’en obser-ver suffisamment la nature. Mais vous, matérialiste, qui me par-iez d’une substance unique, palpable, et soumise par sa natureù l’inspection des sens, vous êtes obligé non seulement de ne merien dire que de clair, de bien prouvé, mais de résoudre toutesmes difficultés d’une façon pleinement satisfaisante, pareeque nouspossédons vous et moi tous les instruments nécessaires à cette so-lution. Et, par exemple, quand vous faites naître la pensée descombinaisons de la matière, vous devez me montrer sensiblementces combinaisons et leur résultat par les seules lois de la physi-que et delà mécanique, puisque vous n’en admettez point d’au-tres. Vous, épicurien, vous composez l’ame d’atomes subtils.Mais qu’appelez-vous subtil, je vous prie? Vous savez que nousne connoissons point de dimensions absolues, et que rien n’est pe-tit ou grand que relativement à l’œil qui le regarde. Je prends parsupposition un microscope suffisant, et je regarde un de vos ato-mes ; je vois un grand quartier de rocher crochu ; delà danse etde Paccrochement de pareils quartiers j’attends de voir résulter la(*) Diderot.