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Tome huitième.
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452 COBBESPOHDANCE.

pensant à moi : Quel autre a droit d’agrandir la mesure qu’il atrouvée aux maux que l’homme souffre ici-bas ?

Vous attribuez à la difficulté de cette même question, dont lefanatisme et la superstition ont abusé, les maux que les religionsont. causés sur la terre.

Cela peut être, et je vous avoue même que toutes les formulesen matière de foi ne me paroissent qu’autant de chaînes d’ini-quité, de fausseté, d’hypocrisie et de tyrannie. Mais ne soyonsjamais injustes; et, pour aggraver le mal, n’ôtons pas le bien. Ar-racher toute croyance en Dieu du cœur des hommes, c’est y dé-truire toute vertu. C’est mon opinion, monsieur : peut-être elleest fausse ; mais, tant que c’est la mienne, je ne serai point assezlâche pour vous la dissimuler.

Faire le bien est l’occupation la plus douce d’un homme bienné : sa probité, sa bienfaisance, ne sont point l’ouvrage de sesprincipes, mais celui de son bon naturel ; il cède à ses penchantsen pratiquant la justice, comme le méchant cède au sien en pra-tiquant l’iniquité. Contenter le goût qui nous porte à bien faireest bonté, mais non pas vertu.

Ce mot de vertu signifie force. Il n’y a point de vertu sanscombat; il n’y en a point sans victoire. La vertu ne consiste passeulement à être juste, mais à l’être en triomphant de ses passions,en régnant sur son propre cœur. Titus, rendant heureux le peupleromain, versant partout les grâces et les bienfaits, pouvoit ne pasperdre un seul jour et n’être pas vertueux ; il le fut certainementen renvoyant Bérénice. Brutus faisant mourir ses enfants pou-voit n’être que juste. Mais Brutus étoit un tendre père ; pour faireson devoir il déchira ses entrailles, et Brutus fut vertueux.

Vous voyez ici d’avance la question remise à son point. Ce di-vin simulacre dont vous me parlez s’offre à moi sous une imagequi n’est pas ignoble, et je crois sentir à l’impression que cetteimage fait dans mon cœur la chaleur qu’elle est capable de pro-duire. Mais ce simulacre enfin n’est encore qu’une de ces entitésmétaphysiques dont vous ne voulez pas que les hommes se fassentdes dieux ; c’est un pur objet de contemplation. Jusqu’où portez-vous l’effet de cette contemplation sublime? Si vous ne voulezqu’en tirer un nouvel encouragement pour bien faire, je suis d’ac-cord avec vous ; mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Supposonsvotre cœur honnête en proie aux passions les plus terribles, dontvous n’ètes pas à l’abri, puisque enfin vous êtes homme. Cette