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Tome huitième.
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année 1769 . 453

ima"e qui dans le calme s’y peint si ravissante, n’y perdra-t-elleriendé ses charmes, et ne s’y ternira-t-elle point au milieu desflots? Écartons la supposition décourageante et terrible des périlsqui peuvent tenter la vertu mise au désespoir; supposons seule-ment qu’un cœur trop sensible brûle d’un amour involontairepour la fille ou la femme de son ami; qu’il soit maître de jouird’elle entre le ciel qui n’en voit rien, et lui qui n’en veut rien direà personne ; que sa figure charmante l’attire ornée de tous les at-traits de la beauté et de la volupté : au moment où ses sens en-ivrés sont prêts à se livrer à leurs délices, cette image abstraitede la vertu viendra-t-elle disputer son cœur à l’objet réel qui lefrappe? lui paraîtra-t-elleen cet instant la plus belle? l’arraehera-t-elle des bras de celle qu’il aime, pour se livrer à la vaine con-templation d’un fantôme qu’il sait être sans réalité? finira-t-ilcomme Joseph, et laissera-t-il son manteau? Non, monsieur; iLfermera les yeux et succombera. Le croyant, direz-vous, succom-bera de même. Oui, l’homme foible; celui, par exemple, qui vousécrit; mais donnez-leur à tous deux le môme degré de force, etvoyez la différence du point d’appui.

Le moyen, monsieur, de résister à des tentations violentesquand on peut leur céder sans crainte en se disant : A quoi bonrésister? Pour être vertueux, le philosophe a besoin de l’être aux"yeux des hommes, mais sous les yeux de Dieu le juste est bienfort; il compte cette vie, et ses biens, et ses maux, et toute sagloriole, pour si peu de chose ! il aperçoit tant au-delà ! Force in-vincible de la vertu, nul ue te connoit que celui qui sent tout sonêtre, et qui sait qu’il n’est pas au pouvoir des hommes d’en dis-poser. Lisez-vous quelquefois la République de Platon ? voyezdans le second dialogue avec quelle énergie l’ami de Socrate,dont j ai oublié le nom, lui peint le juste accablé des outrages dela fortune et des injustices des hommes, diffamé, persécuté, tour-menté, en proie à tout l’opprobre du crime, et méritant tous lesprix de la vertu, voyant déjà la mort qui s’approche, et sûr quela haine des méchants n’épargnera pas sa mémoire, quand ilsne pourront plus rien sur sa personne. Quel tableau décourageant,si rien pouvoit décourager la vertu! Socrate lui-même effrayé s’é-crie, et croit devoir invoquer les dieux avant de répondre ; maissans l’espoir d’une autre vie il auroit mal répondu pour celle-ci.Toutefois dût-il finir pour nous à la mort, ce qui ne peut être siDieu est juste, et par conséquent s’il existe, l’idée seule de cette