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Tome huitième.
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470 CORRESPONDANCE,

je ne sais pourquoi, s’imaginèrent qu’il n'y avoit rien de mieuxpour cela que de me faire bien des façons : jugez comment celas'assortit, non seulement avec mon humeur, mais avec l’aisanceet la gaieté des voyages pédestres. Ils m’ont trouvé très maussade;je le crois bien : ils ne disent pas que c’est eux qui m’ont rendu tel.Il me semble que, malgré la pluie, nous n’étions point maussadesà Brot ni les uns ni les autres : premier article. Le second estque nous avons eu mauvais temps presque durant toute la route,ce qui n’amuse pas quand on ne veut qu’herboriser, et que, fauted’une certaine intimité, l’on n’a que cela pour point de ralliementet pour ressource. Le troisième est que nous avons trouvé sur lamontagne un très mauvais gîte : pour lit, du foin ressuant et toutmouillé, hors un seul matelas rembourré de puces, dont, commeétant le Sancho de la troupe, j’ai été pompeusement gratifié. Lequatrième, des accidents de toute espèce : un de nos messieurs a étémordu d’un chien sur la montagne : Sultan a été demi-massacrépar un autre chien : il a disparu ; je l’ai cru mort de ses blessuresou mangé du loup ; et, ce qui me confond, est qu’à mon retour icije l’ai trouvé tranquille et parfaitement guéri, sans que je puisseimaginer comment, dans l’état où il étoit, il a pu faire douze gran-des lieues, et surtout repasser le Rhône, qui n’est pas un petit ruis-seau, comme disoit du Rhin M. deChazeron. Le cinquième ar-ticle et le pire est que nous n’avons presque rien trouvé , étantallés trop tard pour les fleurs, trop tôt pour les graines, et n’ayanteu nul guide pour trouver les bons endroits ; ajoutez que la mon-tagne est fort triste, inculte, déserte, et n’a rien de l’admirable va-riété des montagnes de Suisse. Si vous n’étiez pas redevenu unprofane, je vous ferois ici l’énumération de notre maigre, collec-tion ; je vous parlerais du meum , de l 'oreille d'ours, du doronic ,de la historié, du napel, du thymelœa , etc. Mais j’espère quequand M. d’Eseherny, qui a appris la botanique en trois jours, seraprès de vous, il vous expliquera tout cela. Parmi toutes ces plantesalpines très communes, j’en ai trouvé trais plus curieusesqui m’ontfait grand plaisir : l’une est 1 ’onagra (œnolhera biennis, Linn.),que j’ai trouvée au bord du Rhône, et que j’avois déjà trouvée àmon voyage de devers au bord de la Loire; la seconde est le lai-leron bleu des Alpes ( sonchus alpinus), qui m’a fait d’autant plusde plaisir que j’ai eu de peine à le déterminer, m’obstinant à leprendre pour une laitue ; la troisième est le lichen islandicus, q uej'ai d’abord reconnu aux poils courts qui bordent ses feuilles. J e